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Dans cet article, je répertorie différents outils et activités qui, je trouve, seraient pertinents à utiliser en classe pour motiver certains de vos étudiants à lire autre chose que les livres mis à l’étude dans vos cours. Je vous partage ces quelques pistes d’action.

Des pratiques pour développer la motivation à lire

Le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ) a rédigé en 2017 le rapport Lire pour le plaisir! Des actions efficaces pour motiver les jeunes de 10 à 20 ans [PDF]. L’un des objectifs de ce rapport était d’accroître et maintenir l’intérêt pour la lecture chez les jeunes.

Pour atteindre cet objectif, le CTREQ a répertorié différentes pratiques prometteuses:

  • proposer aux jeunes des textes variés
  • diversifier les activités offertes aux jeunes
  • offrir aux jeunes la possibilité de faire des choix et de prendre des responsabilités
  • établir des liens entre la lecture et la vie personnelle des jeunes
  • inviter les jeunes à s’exprimer dans le cadre d’activités de lecture
  • amener les jeunes à travailler ensemble ou à discuter à propos de textes qu’ils ont lus
  • présenter des modèles de lecteurs ou d’auteurs inspirants aux jeunes
  • encourager les efforts et les réussites des jeunes.

De ces pistes d’action, j’ai envie de vous proposer des activités qui favorisent les échanges et permettent aux élèves de connaître ce que leurs pairs lisent.

1. Faire un suivi des lectures

Plusieurs applications existent pour garder une trace de nos lectures effectuées durant l’année. On peut même se fixer en début d’année un objectif (une bonne résolution quoi!) et tenter de réaliser le défi que nous nous imposons.

Goodreads

Goodreads est certainement l’application de notation de livres et de suivi des lectures la plus populaire. Créée au milieu des années 2000, cette application appartient maintenant au géant Amazon depuis 2013. Elle permet à la fois de se lancer un défi de lecture en début d’année et de comptabiliser les livres lus et le nombre de pages lues. On peut utiliser la version web de Goodreads (on y retrouve plus de détails et de statistiques), mais l’application mobile est plus conviviale.

Les points positifs

  • L’application est très populaire. Beaucoup d’autrices et d’auteurs ont un profil Goodreads qui nous permet de découvrir leurs œuvres, leurs inspirations et leurs lectures. On peut aussi suivre les lectures de nos amis, collègues et libraires préférés.
  • Il est facile d’ajouter des livres à notre profil Goodreads: il suffit de scanner le code-barre du livre. Nous pouvons aussi trier nos livres en différentes catégories :
    • «Je veux lire»
    • «Je lis»
    • «J’ai lu»
  • Les critiques de livres et les suggestions de lectures ne sont pas trop approximatives. Comme on compte plus de 50 millions de membres sur Goodreads (certaines sources affirment plus de 90 millions de membres mondialement), les livres comptent souvent une centaine d’avis, ce qui nous donne un portrait général d’une œuvre.
  • Goodreads compile différentes statistiques sur nos lectures, ce qui nous permet d’avoir un portrait d’ensemble de nos tendances de lecture, par exemple:
    • année de publication des livres lus
    • genre
    • nombre de livres lus par mois
  • On peut aussi:
    • prendre part à des groupes de discussions sur différents sujets
    • consulter les listes thématiques proposées (principalement des livres en anglais)
    • filtrer nos recherches en fonction du genre de livre que nous cherchons

Les points négatifs

  • L’application est uniquement en anglais. Cependant, même si l’application est en anglais, on retrouve énormément de livres de langue française et les critiques sont formulées dans toutes les langues.
  • Il faut se créer un compte (un autre !). Il est possible de lier notre profil Goodreads à nos comptes Facebook, Apple ou Amazon.
  • On retrouve (beaucoup) de publicités Amazon, ce qui diminue l’expérience utilisateur sur l’application et le site.
  • Lorsque des erreurs se glissent dans les métadonnées des œuvres, il est difficile (voire impossible) de les rectifier.
  • La notation des œuvres est imprécise. On ne peut qu’accorder des étoiles sur une échelle de 1 à 5 (oubliez les demi-points).

Vue d’ensemble des livres que j’ai lus et des notes attribuées en 2021 et 2022.

Portrait des lectures effectuées mensuellement

StoryGraph

Il existe d’autres options que Goodreads. Celle qui gagne en popularité, à ma connaissance, est StoryGraph. L’interface est épurée, plus contemporaine et sans publicités. Cependant la communauté de lecteurs sur cette application est encore petite, donc il y a moins de livres répertoriés. De plus, il n’est pas possible de lire les critiques des autres. Sachez que vous pouvez importer vos données de lecture de Goodreads vers Storygraph (pas besoin de tout rentrer manuellement) si vous souhaitez changer d’application.

Utilisation en classe

L’utilisation de telles applications en classe est complexe, car il faut créer un compte.

Toutefois, si vous êtes à l’aise, vous pouvez suggérer à vos étudiants qui sont déjà sur Goodreads de vous suivre.

De plus, vous pouvez calquer le concept général de ces applications dans vos cours en créant un espace, par exemple, un tableau Excel, où les étudiants inscriraient leur progression dans les œuvres à l’étude. Ainsi, ils peuvent se motiver entre eux et constater s’ils prennent du retard par rapport au reste du groupe. L’exemple donné montre l’avancement d’étudiants dans le cadre d’exercices divers, mais il serait possible de reprendre un formulaire similaire et de scinder le livre à l’étude en fonction des différents chapitres à lire au fil des semaines.

Exemple d’un tableur Excel créé avec des listes déroulantes permettant aux étudiants d’indiquer l’avancement d’une tâche

Pourquoi ne pas leur proposer de lister leurs lectures personnelles au cours de la session? Les suggestions de leurs pairs pourraient les intriguer et pousser certains étudiants à lire des titres qui ne sont pas conseillés par un prof de français, mais approuvés par leurs amis!

2. Les livres comme sujet de discussion

Les réseaux sociaux sont omniprésents dans la vie de nos étudiantes et étudiants. Alors, pourquoi ne pas s’approprier les tendances qui fonctionnent bien (les réseaux sociaux n’ont pas que des défauts…) et les intégrer dans nos cours?

Le booktube

La formule du booktube n’est pas nouvelle en soi. S’improviser chroniqueur littéraire peut être avoir une visée pédagogique. Un booktube est le fait de faire valoir son opinion argumentée sur un livre dans une brève vidéo. Des plateformes comme Instagram, Tiktok et YouTube comportent déjà de grandes communautés de lecteurs qui partagent leurs coups de cœur et coups de gueule.

Par exemple, nous pourrions adapter l’activité réalisée par Véronique Grenier, enseignante de philosophie au Cégep de Sherbrooke, en créant une page Instagram pour partager les critiques littéraires des élèves. Ceux-ci pourraient à la fois travailler sur un visuel et une brève description. Ainsi, ce ne sont pas seulement les étudiants du groupe qui profitent de ces échanges, mais une plus vaste communauté de lecteurs.

Vidéos et balados

Si vous souhaitez garder les échanges au sein de la classe, la plateforme d’échanges vidéos Flipgrid serait une option fort intéressante. Au lieu du traditionnel forum écrit, les étudiants et étudiantes pourraient enregistrer leurs avis sous la forme de réponses vidéos. La forme des blogues vidéos (ou vlogues) de Flipgrid est attractive pour bon nombre d’étudiants, car ils peuvent simplement utiliser leurs appareils mobiles pour enregistrer leurs réponses. Cela reprend la formule des stories que l’on retrouve sur les réseaux sociaux.

La critique littéraire peut aussi prendre la forme de balados. Mon collègue Simon Côté-Massicotte, éditeur pour Éductive et enseignant d’anglais langue seconde au Cégep Limoilou, a mis en œuvre une activité de création de balados qui peut facilement être adaptée. Dans son cours de littérature anglaise, il a amené ses étudiants à lire de mauvais livres et à les critiquer dans le cadre de balados scénarisés. Il serait assez facile de reprendre le même concept, mais en proposant aux élèves, en équipe de 3 ou 4, de choisir un livre d’une liste que nous aurions créée et de le commenter. Ainsi, toute la classe pourrait découvrir plus en détail un courant ou un genre littéraire et connaître le point de vue de leurs pairs. De plus, le fait que le balado prenne la forme d’une conversation en équipe apporte un côté un peu plus informel à une évaluation qui a nécessité de la préparation et aide aussi à la cohésion de classe.

Qui sait, une conversation animée autour d’un livre peut motiver des étudiants à participer par la suite aux activités entourant le Prix littéraire des collégiens !

3. Faire connaître la vie littéraire

Différentes initiatives sont mises en place pour souligner le travail des acteurs du milieu littéraire:

  • la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur (23 avril)
  • la journée J’achète un livre québécois (12 août)
  • les différents salons du livre organisés dans la province
  • etc.

Ces événements sont des occasions pour les élèves de découvrir d’autres facettes du milieu littéraire et de se rendre compte de la vitalité de ce milieu.

Les promenades littéraires sont aussi une activité fort intéressante. J’ai découvert cette formule dans un cours de mon baccalauréat en littérature. À Québec, ces parcours présentent tant des quartiers de la ville par l’entremise d’écrits que des auteurs phares de la ville.

Alex Duchesne, enseignante de littérature au Cégep Limoilou, a créé son parcours littéraire audio au plus fort de la pandémie pour adapter une sortie culturelle qui avait habituellement lieu en session régulière et amener les étudiants à sortir un peu prendre l’air. Elle a défini différents arrêts et créé des capsules audios que les étudiants et étudiantes ont téléchargées et ont écoutées au fil de leur balade dans le Vieux-Québec.

4. Lire, mais aussi écrire

Pour certains élèves, l’envie de lire passera peut-être par l’écriture. Roxanne Lajoie, enseignante au Collège Lionel-Groulx, a imaginé un parcours poétique intitulé Une foulée, deux enjambées. Dans ce parcours, les étudiants ont partagé leurs textes poétiques s’inspirant d’un lieu précis dans la ville de Sainte-Thérèse.

D’autres activités d’écriture peuvent amener les étudiants à s’évader et à découvrir les mots et leurs bienfaits.

Par exemple, le NaNoWriMo (National Novel Writing Month) [en anglais] existe depuis plus de 20 ans. Le but: tenter d’écrire 50 000 mots au cours du mois de novembre. Certes, c’est un projet des plus ambitieux, mais c’est aussi un terreau fertile pour la création littéraire. Nous pourrions imaginer créer un espace virtuel dédié à la création littéraire où les textes sont partagés anonymement par les étudiants et où leurs pairs les commentent. Souvent, ça ne prend qu’un seul étudiant qui plonge pour inciter les autres à oser partager leurs textes.

Dans le même ordre d’idée, Arianne Caron-Poirier, enseignante de littérature, Phillip Laterreur, technicien en loisir, et Mathieu Coulombe, technicien en documentation, du Cégep de La Pocatière, ont mis en place le projet Une histoire sans fin, où les étudiants volontaires ont partagé leurs créations pour ajouter un jalon à l’histoire en cours dont la fin n’est pas connue.

Qu’il s’agisse de suggestions de lectures, de discussions ou d’activités d’écriture, plusieurs pistes d’action existent pour inciter les élèves à prendre un livre et à découvrir ce qu’il recèle!

Avez-vous mis en place certaines activités pour valoriser la lecture dans vos cours ? N’hésitez pas à partager votre expérience, je suis curieuse de vous lire!

À propos de l'auteure

Camille Arpin

Camille Arpin est éditrice pour Éductive (auparavant Profweb) depuis 2019. Elle a enseigné le français et la littérature dans différents cégeps de la province. Elle poursuit actuellement des études de 3e cycle en enseignement supérieur à l’Université de Sherbrooke.

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