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9 novembre 2021

La conférence #OEGlobal21

La portion en ligne de la conférence mondiale Open Education Global 2021 (mot-clic#OEGlobal21) s’est tenue du 27 septembre au 1er octobre 2021. En mai 2022, l’Université de Nantes (qui coorganise deux événements OE Global en 2021—2022) accueillera les participants sur son campus pour une portion « en présentiel ».

Cette édition en ligne #OEGlobal2021 s’est déroulée sous le thème de la «Recommandation de l’UNESCO sur les REL» (ressources éducatives libres). À ce titre, les cinq domaines d’action prévus par la recommandation orientaient les journées d’activité.

  • Lundi: renforcer la capacité
  • Mardi: politique de soutien
  • Mercredi: REL inclusives et équitables
  • Jeudi: modèles de durabilité
  • Vendredi: faciliter la coopération internationale

(Pour un rappel au sujet des ressources éducatives libres, la page «Qu’est-ce qu’une REL?» sur le site de la fabriqueREL donne des explications claires, précises et concises au sujet des principes qui les qualifient.)

En plus de la thématique, l’UNESCO a fourni un cadre linguistique à cette conférence puisque le comité organisateur a sollicité des interventions dans les six langues officielles de l’organisation internationale. Des présentations dans cinq de ces six langues étaient au programme de la conférence (anglais, français, espagnol, arabe et mandarin).

Depuis les REL jusqu’à l’éducation ouverte et libre

La part des ressources éducatives libres dans le mouvement général pour l’éducation ouverte et libre a été un sujet récurrent lors de #OEGlobal21. En effet, si la recommandation de l’UNESCO cible directement les REL, de telles ressources prennent leur valeur dans le cadre de pratiques d’apprentissage et d’enseignement. Une REL qui n’est pas adoptée, c’est l’arbre qui tombe dans la forêt.

Parfois, les pratiques pédagogiques ouvertes et libres se concentrent sur les façons d’adopter et d’adapter les REL. Dans de tels cas, les ressources en question ne sont pas un simple contenu « gratuit » (ou « gratis ») que les profs mettent au programme de leurs cours pour consultation par les étudiants. Tout un travail pédagogique s’effectue autour de telles ressources, que ce soit en amont (adopter des ressources en les sélectionnant et en leur donnant un sens par le contexte) ou en aval (adapter une ressource pour la rendre plus appropriée au contexte d’apprentissage).

L’éducation ouverte et libre couvre une bien plus vaste étendue, parfois sans utilisation directe de ressources éducatives libres.

Par exemple, une des présentations du webinaire que j’animais portait sur une collaboration entre des institutions canadiennes et américaines autour de « devoirs renouvelables » au sujet des objectifs de développement durable de l’ONU. Bien entendu, l’encadrement et l’accompagnement de ces devoirs tirent parti de matériel pédagogique en accès libre. C’est pourtant dans l’expérience concrète d’ouvrir de telles activités d’évaluation qu’on discerne le profond impact de l’éducation ouverte et libre.

Vidéo de la présentation An International Faculty Fellowship Focusing On Open Pedagogy and the UN SDGs 

Lors de la présentation qui précédait celle sur les devoirs renouvelables, Melissa Ashman de la Kwantlen Polytechnic University a partagé les résultats de sa recherche au sujet des attitudes de personnes des deux côtés de l’équation pédagogique (apprentissage et enseignement) en ce qui a trait à l’éducation ouverte et libre, mettant l’accent sur le fait que de telles études de perception manquent dans le contexte de la pédagogie ouverte (alors qu’elles sont bien connues dans le cas des REL).

La table est mise.

Présence francophone

Avec l’Université de Nantes comme institution-hôte, peu surprenant que la présence francophone se soit fait sentir au cours de la conférence #OEGlobal21. Des initiatives franco-ontariennes, acadiennes, franco-albertaines et québécoises ont côtoyé des projets de francophones en Belgique, au Burkina Faso, en Tunisie, au Mali, au Liban, en Suisse, au Sénégal, au Liban, au Niger et en Égypte.

J’ai d’ailleurs utilisé le forum OE Global Connect dans le but de favoriser les contacts entre personnes intéressées par l’usage du français en éducation ouverte et libre.

Une large discussion au sujet du matériel pédagogique sous-tendait plusieurs interactions entre francophones à #OEGlobal21. Les manuels libres occupent une place de choix dans le monde des REL… surtout chez les anglophones en Amérique du Nord. Chez les francophones, si le manuel libre demeure un cas de figure de l’éducation ouverte et libre, les échos des quatre coins de la francophonie laissent entendre un autre son de cloche. Après tout, plusieurs profs réussissent à enseigner sans utiliser quelque manuel que ce soit, libre ou non.

La question des frais de scolarité revient souvent en tant que facteur distinctif entre communautés linguistiques. Aux États-Unis et dans une grande partie du Canada anglais, le mouvement de l’éducation ouverte et libre se réfère souvent à la gratuité scolaire. Selon la prononciation canadienne-anglaise de la lettre « Z », nos collègues parlent d’ailleurs de « Zed Cred », des crédits de cours à « coût zéro ». En France comme dans d’autres coins de la francophonie (y compris les cégeps), la gratuité scolaire n’est pas un rêve fou.

Plusieurs francophones projettent de se réunir lors de la conférence OE Global de mai 2022 « en présentiel », à Nantes. Cette ville est un point de mire pour les REL francophones et son université a octroyé le titre de vice-président à la formation et aux ressources éducatives libres à Arnaud Guével. Un tel statut est rare au sein d’un établissement d’enseignement.

Le 23 septembre 2021, soit quelques jours avant #OEGlobal21, Guével et deux autres spécialistes en éducation ouverte et libre de l’Université de Nantes avaient d’ailleurs présenté un webinaire distinct au sujet de leurs contributions à la création d’un jeu sur l’éducation libre.

Ce webinaire nantais faisait partie d’une série d’événements organisés par OE Global – Francophone (y compris un webinaire sur les modules H5P que j’ai animé moi-même, en juillet 2021). 

Mais revenons à #OEGlobal21.

Un événement participatif

N’ayant pas soumis de contribution à la conférence #OEGlobal2021, j’ai tenu trois rôles autour de l’événement :

  • Évaluation de soumissions
  • Animation d’un webinaire
  • Participation active (qui m’a d’ailleurs valu un badge de « connecteur extraordinaire »!)

Incluant le webinaire que j’ai animé (en anglais), j’ai participé à deux webinaires en français, deux webinaires en anglais et un webinaire trilingue anglais/français/espagnol (avec traduction simultanée).

(Ces webinaires n’ont pas de titre et sont seulement désignés par les domaines d’actions auxquels ils se rattachent.)

  1. Webinaire 10 REL inclusives et équitables, Renforcement des capacités
  2. Webinaire 17 REL inclusives et équitables, Faciliter la coopération internationale
  3. Webinar 04 Building Capacity
  4. Webinar 05 Building Capacity
  5. La Coalition dynamique pour les REL (unesco.org) (l’enregistrement de ce webinaire n’est pas disponible pour le moment)

Parmi les choses qui m’ont frappé le plus dans #OEGlobal2, c’est l’apport du Québec au mouvement pour l’éducation ouverte et libre qui continue d’occuper mon esprit.

Vers une histoire de l’éducation ouverte et libre au Québec

Selon certaines personnes, les REL sont en « pré-émergence », au Québec. Pourtant, il y a une profondeur historique de l’éducation ouverte et libre chez nous.

En 2016, Tannis Morgan du Vancouver Community College utilisait un article publié en 1979 par un enseignant québécois, Claude Paquette, pour asseoir son historique du concept de pédagogie ouverte.

En introduction à son article de 1979, Paquette situait la pédagogie ouverte comme une approche datant de la fin des années 1960:

Depuis maintenant plus de dix ans, des enseignants au Québec tentent de vivre dans leur pratique quotidienne une pédagogie ouverte.

Puis, en bibliographie:

La revue Pédagogie ouverte. (Éditions NHP) paraît depuis maintenant cinq ans et relate régulièrement des expériences de pédagogie ouverte.

Donc, 1974.

Des documents provenant de cette maison d’édition sont disponibles au Centre de documentation collégiale (CDC).

Cette période de l’histoire pédagogique du Québec est souvent oubliée ou même occultée.

Lorsque des membres du corps professoral au Québec se réfèrent à l’histoire ancienne, c’est parfois pour dire qu’on a « déjà essayé tout ça ».

Les choses ont pourtant tellement changé!

La morphologie du système éducatif québécois de 2021 doit beaucoup aux bases qui ont été jetées lors de la Révolution tranquille, avant la naissance de plusieurs personnes parmi nous.

Sans sombrer dans le mode confessionnel, j’ose partager les réactions de mon père, arrivé au Québec en 1970 après avoir étudié la psychopédagogie à Genève (avec, entre autres, Jean Piaget). Selon des propos maintes fois répétés au cours de mon enfance, le Québec de cette époque était pour mon père un espace d’innovation pédagogique. Didier Pingeon, un ancien collègue d’études de mon père, a fait carrière à l’Université de Genève. Selon Didier, les idées de Piaget s’implantaient plus aisément au Québec qu’en Suisse, au cours des années 1970 et 1980.

Quel rapport entre cette « pédagogie ouverte » du Québec d’antan et la conférence #OEGlobal21?

C’est en fait très simple: le mouvement pour l’éducation ouverte et libre effectue le chemin des REL à la pédagogie ouverte alors que le Québec a effectué le mouvement inverse.

De nos jours, c’est une éducation juste et équitable qui anime les discussions mondiales et internationales autour d’événements comme #OEGlobal21 (et #OpenEd21, qui se déroulera du 18 au 22 octobre 2021). Certaines personnes entendent-elles des échos du Rapport Parent?

On aurait même intérêt à penser aux rôles du « CCFD » (aujourd’hui Cégep à distance), de « CANAL » (aujourd’hui Savoir média) et de la « Télé-université » (aujourd’hui Université TÉLUQ), lorsque l’on tente de situer le Québec dans le mouvement mondial pour l’éducation ouverte et libre.

À propos de l'auteur

Alexandre Enkerli

Il est conseiller technopédagogique chez Collecto où il accompagne les professionnels de l’apprentissage dans leur appropriation technologique selon leurs contextes spécifiques, comme il le faisait en tant que technopédagogue pour la Vitrine technologie-éducation de 2014 à 2016. Alexandre occupe de nouveau ce rôle après des incursions à Ottawa (conception de parcours d’apprentissage en cybersécurité et d’une expérience d’apprentissage en ligne massive et ouverte à tous (CLOM) sur la participation publique ) et au Saguenay-Lac-Saint-Jean où il a travaillé au COlab sur un projet recherche-action participative .

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