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30 avril 2019

Le mirage des chaînes de blocs en éducation

Ce texte a initialement été publié par la Vitrine technologie-éducation sous licence CC BY-NC-SA 3.0, avant la création d’Éductive.

La valeur et le minage du bitcoin font régulièrement les manchettes. L’utilisation de chaînes de blocs (blockchain) permet en effet de réaliser des inscriptions de transaction pratiquement inaltérables. La création d’une chaîne repose sur des calculs complexes répartis sur plusieurs machines. Chaque bloc comprend un tampon horaire et l’information nécessaire pour le lier au bloc précédent.

Une transaction se compose de trois éléments :

  • l’identification de l’émetteur de la transaction;
  • le récipiendaire de la transaction ;
  • l’énoncé de la transaction.

L’utilisation de chaînes de blocs dans le domaine de l’éducation est intéressante, car elle balaie toute possibilité de fraude ou de création de faux diplômes ou de fausse attestations. Cela s’applique aussi bien aux sanctions officielles d’étude (diplôme d’études collégiales, baccalauréat, maîtrise, doctorat, par exemple), aux badges numériques, aux certificats de compétence-compagnon ou à l’atteinte de compétences spécifiques d’un programme d’étude.

Chaîne de blocs

Les cadres juridiques sur la protection de la vie privée posent toutefois certaines difficultés. Puisque l’inscription de la transaction est inaltérable, on ne peut appliquer le droit à l’oubli. Lorsque les compétences nécessitent un réexamen périodique, il faut s’assurer d’inscrire une date de validité de la déclaration. Enfin, il faudrait prévoir un mécanisme d’annotation en cas d’erreur ou de fausse information dans une déclaration.

Jusqu’à présent, les acteurs en éducation restent peu informés du potentiel de l’utilisation des chaînes de blocs et c’est peut-être bien ainsi, car leur mise en place comporte de sérieuses limitations :

  • la complexité des calculs à réaliser et la synchronisation des informations sur un nouveau bloc entraînent un délai minimal d’une dizaine de minutes ;
  • la création d’un nouveau bloc requiert environ 100 kilowatts à un coût unitaire de 7¢, soit environ 7$ par transaction.

Ces limitations restreignent donc le nombre de transactions qui pourraient être nécessaires dans un portfolio de compétences et favorisent surtout l’émission de diplômes. C’est précisément ce que l’Institut d’Économie et de Management de Nantes (IAE) en France vient de faire en certifiant les diplômes de plus de 1000 étudiants au moyen de chaînes de blocs. Les diplômés de 2018 bénéficient d’un accès gratuit à ce service. Ils peuvent ainsi partager leur clé de certification sur leur compte LinkedIn ou dans leur CV. Cependant, le diplôme réel reste nécessaire dans les démarches administratives. Au Québec, la TELUQ s’est intéressée au déploiement de cette technologie lors de la visite de BCDiploma, qui a travaillé avec l’IAE, lors de leur venue au Québec pour une présentation dans le cadre du colloque CIRTA2018.

Tout type de certificat électronique exige l’identification précise du récipiendaire, chaque individu devant posséder un identifiant unique et permanent, même au-delà de son existence. Dès le moment où cet identifiant est partagé entre plusieurs services, il est possible de faire des recoupements d’information et d’atteindre à la vie privée. Il nous semble primordial de s’assurer auparavant de mécanismes sécuritaires d’identification. Les travaux récents du W3C sur l’ identification robuste et l’identité nous semblent plus prometteurs à cet égard.

Références

À propos de l'auteur

Pierre-Julien Guay

Collaborateur de la VTÉ sur des projets spécifiques, président du Groupe québécois de travail sur les normes (GTN-Q) et rédacteur pour le comité international ISO SC36 sur les technologies de l’information pour l’éducation, la formation et l’apprentissage.

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