Chaque équipe doit présenter son projet (dans un délai de 25 à 30 minutes) aux collègues de classe (qui jouent alors le rôle de journalistes).
Une quinzaine de minutes sont consacrées à la présentation du projet.
La période de questions qui suit dure environ 10 minutes, parfois plus. Malgré l’improvisation et le stress que cela peut occasionner, cette partie est la plus dynamique, drôle et spontanée. En effet, je dépose sur le bureau de chaque élève un billet sur lequel je suggère:
- un nom fictif de journaliste, comme:
- Gilberte Rochette
- Marco Polo
- etc.
- un média:
- Allo vedette
- CMNM-FM
- etc.
- une attitude:
- distraite mais enthousiaste
- emballé par le projet
- sceptique
- réfractaire au changement
- etc.
Les pseudojournalistes adoptent leur rôle et posent ainsi diverses questions auxquelles les conférenciers et conférencières répondent assez spontanément. Cet échange improvisé permet de faire ressortir le naturel de plusieurs, qui autrement ont parfois tendance à rester accrochés à leurs notes ou, pire, à leur texte. Cela permet aussi de clarifier le message qui a été moins bien transmis précédemment. Fait non négligeable, le contexte humoristique détend l’atmosphère et atténue les susceptibilités de certains en raison du jeu de rôle suggéré. Tout récemment, j’ai vu une étudiante extrêmement timide et mal à l’aise devant le groupe sourire lors d’une question et y répondre en riant.
Contexte réaliste
Même si les conférences de presse ont lieu en classe, je tente de modifier légèrement l’espace en installant un lutrin, une caméra, un microphone et en disposant autrement le mobilier de classe. Tout cela donne un aspect plus formel à la présentation. C’est déstabilisant pour certaines personnes, mais cette façon de faire ajoute du sérieux à l’exercice. Je tiens à souligner qu’après que j’aie abordé avec les élèves l’impact de l’image du communicateur ou de la communicatrice, plusieurs s’efforcent de s’habiller en conséquence et portent fièrement chemisier, veston ou polo.

3 élèves durant leur conférence de presse
Le rôle de journaliste n’est pas évalué et aucun point n’est associé à la présence au cours. Mais même quand le cours a lieu le vendredi après-midi précédant la semaine de relance, rares sont les absents. Les étudiants et étudiantes sont curieux de découvrir les projets de leurs collègues et prennent plaisir à assister aux périodes de questions. Il y a toujours quelques-uns ou quelques-unes plus volontaires pour poser des questions qui suscitent de belles réactions. Le tout se fait dans le respect des individus et je ne me souviens pas avoir dû intervenir pour des questions inappropriées. Je suis toujours agréablement surprise de la participation et de la collaboration respectueuse entre tous et toutes.
Les défis de l’évaluation des présentations orales
Pour ajouter au réalisme de la conférence de presse et pour évaluer efficacement les présentations, je filme toutes les conférences. Les objectifs sont multiples.
D’abord, je peux revoir chaque performance individuelle et l’évaluer efficacement, à tête reposée. Malgré les critères d’évaluation objectifs, puisqu’il est beaucoup question d’image (visuelle, verbale et vocale), revoir les vidéos me permet de peaufiner mon évaluation et mes rétroactions. Je m’assure que mes commentaires sont formulés de façon constructive.
Autoévaluation de l’image
Mon autre intention avec la captation vidéo est d’amener chacun à se revoir, à s’autoévaluer et à se fixer des objectifs. Les élèves doivent le faire avant d’avoir pris connaissance de mes propres commentaires et de la note que je leur ai accordée.
Même si c’est sans grand enthousiasme qu’ils et elles se plient à l’exercice, généralement, nous avons des notes et des observations similaires. Évidemment, il y a toujours certaines personnes qui sont trop sévères avec elles-mêmes et d’autres qui ne le sont pas suffisamment, mais globalement, mon évaluation et celle des étudiants et étudiantes se ressemblent.
Le point positif le plus souvent observé est le suivant: les personnes qui se sentaient particulièrement stressées au moment de la conférence ont l’impression que leur nervosité était très apparente. Toutefois, plusieurs constatent sur la vidéo qu’elles ont bien géré leur stress. Cela leur donne confiance pour les présentations suivantes.
Soutien technopédagogique très utile
Heureusement que la technologie pour la captation vidéo a évolué au fil des années: finie la caméra imposante au fond de la classe, finies les cassettes VHS défectueuses ou égarées, finis les DVD à graver et perdus! Depuis quelques années, je filme les conférences avec un simple téléphone sur un trépied. Le technopédagogue du campus:
- fixe un microphone sur le lutrin
- me fournit et installe les outils de captation audio
- effectue divers tests
- … et me donne de précieux conseils!
Il m’accompagne aussi dans le transfert des vidéos, dont la qualité sonore et visuelle est excellente. Ensuite, je peux aisément transmettre chaque fichier vidéo à l’équipe correspondante dans Teams.
Discours expressif: simulation d‘entrevues d’emploi
Curriculum vitæ
Au retour de la semaine de relance, on dissout les équipes et on change de projet.
À la mi-mars, on poursuit l’intégration de la théorie sur la communication écrite en bonifiant (ou en rédigeant) son curriculum vitæ:
- on en détermine l’intention
- on améliore son efficacité
- on précise le vocabulaire
- on simplifie et épure le contenu en maximisant la disposition
On met le curriculum vitæ à jour et on écrit (encore) une lettre type et un courriel type qui l’accompagnent. On en profite pour découvrir des trucs de mise en page insoupçonnés dans Word. On utilise encore Antidote. Bref, on s’efforce de se mettre en valeur à l’écrit en peu de mots!
Ce projet est très concret puisqu’il correspond à la période de demandes de stages, de mise en candidature pour des bourses ou de demande d’emploi estival. Je ne corrige donc pas systématiquement les curriculums vitae. En revanche, je réponds à de nombreuses questions.
Simulation d’entrevue
Puis, on simule des entrevues d’emploi. Les étudiantes et étudiants suggèrent des emplois non spécialisés:
- animateur ou animatrice de camp de jour
- serveur ou serveuse
- cuisinier ou cuisinière
- guide touristique
- préposé ou préposée à l’entretien des parcs
- etc.
On retient les suggestions les plus populaires et on divise le groupe en 3 ou 4 sous-comités de 6 à 8 personnes.
On forme ainsi des comités de sélection qui:
- prépareront des questions
- dirigeront les entrevues (environ 12 minutes par personne)
- choisiront le candidat ou la candidate à retenir
Les étudiants et les étudiantes du programme technique proposent un emploi rattaché à leur formation.
Chaque personne jouera 2 rôles distincts à des moments différents:
- candidat ou candidate pour un emploi lors d’une période de cours
- membre d’un comité de sélection pour un autre emploi lors d’une autre période
Très peu de points sont accordés à cet exercice (5 points au total pour la participation comme candidat, candidate et membre du comité de sélection).
Sans surprise, les élèves préfèrent la position de membre du comité de sélection. Cela leur permet de voir et de comparer différentes façons de réagir en entrevue et de discuter de l’effet produit (impact du non-verbal, motivation, développement des réponses, réponses inappropriées, etc.).
Je suis toujours agréablement surprise par l’engagement et la participation de tous et de toutes dans ce projet. Ils et elles perçoivent très bien l’utilité de l’exercice et plusieurs m’en reparlent bien des années plus tard.
Discours critique: lettre ouverte
Je profite aussi de ce cours pour aborder l’importance de la langue française au Québec. Une lettre ouverte dans laquelle les étudiants et étudiantes expriment leur opinion sur le sujet est rédigée individuellement. Pour les aider à préparer leur argumentation, je propose diverses questions à discuter lors de tables rondes en sous-groupes. Des textes et extraits vidéos variés leur permettent de se documenter préalablement sur le sujet.
Projet final: communication orale devant un public non familier
Arrive enfin le projet final, au cours duquel les étudiants et étudiantes doivent réaliser une présentation orale individuelle d’une quinzaine de minutes, sur un sujet lié à leur programme et devant un public non familier. J’impose ce cadre, mais le sujet et le public dépendent des préférences et aptitudes de chacun et chacune.
Par exemple, une étudiante en Production scénique – Régie et techniques scéniques a choisi d’aller dans une résidence pour personnes âgées pour expliquer le fonctionnement des coulisses d’une émission comme En direct de l’univers aux résidents et aux résidentes. D’autres choisissent des écoles primaires ou secondaires. C’est le cas, par exemple, de 2 étudiants de sciences de la nature qui ont choisi de présenter la démarche scientifique de leur épreuve synthèse de programme (ESP) (qui s’était déroulée à Hawaï) devant 2 classes combinées de science en 4e secondaire.
Rencontres individuelles
Je rencontre préalablement chaque élève individuellement, pendant une quinzaine de minutes, pour discuter de son projet:
- traitement du sujet en fonction du public choisi
- défis de vulgarisation et d’adaptation du sujet
- risques de dérapage
- limites du sujet
- etc.
Un document de préparation de la présentation contient plusieurs éléments à considérer.
Par ailleurs, certaines personnes ont besoin d’un peu d’accompagnement pour trouver un milieu dans lequel elles pourraient faire leur présentation, en particulier ceux et celles qui viennent d’arriver dans la région. Je peux leur fournir les coordonnées de divers contacts:
- enseignants et enseignantes du primaire ou du secondaire
- responsables d’activités parascolaires
- entraineurs et entraineuses
- etc.
Je me déplace pour assister à chacune des présentations. Même si je suis là pour évaluer les étudiants et étudiantes, il semble que ma présence les sécurise. Je peux discrètement leur donner certains conseils (« Parle plus fort », « Parle moins vite ») ou poser des questions pour les amener à clarifier leurs propos.
L’exercice force plusieurs jeunes à sortir de leur zone de confort et à se dépasser. Plusieurs n’auraient pas l’idée (ou le goût) de réaliser une telle présentation si je ne les forçais pas à le faire, mais après coup, ils et elles en sortent majoritairement fiers et satisfaits.
La plupart de ces présentations constituent aussi un partenariat intéressant avec d’autres groupes scolaires et contribuent à faire découvrir ce qui se fait dans notre établissement collégial.
Dans certains cas, en dernier recours et malgré toute la bonne volonté et le temps investi, il arrive que des étudiants ou étudiantes ne trouvent pas de public non familier. Pour éviter un échec, je leur propose de réunir certaines de leurs connaissances qui constitueront leur public.
J’évalue directement au cours de la présentation. J’utilise la même grille tout au long de la session, ce qui me permet aussi d’observer aisément une amélioration au fil du temps. Par exemple, si plusieurs avaient tendance à lire leur diaporama pendant la conférence de presse, il n’y a pratiquement plus personne qui lit un texte lors de la présentation finale. Les interactions avec le public montrent qu’il y a une véritable communication. L’objectif est atteint!
Étant donné que mon cours est en fin de parcours, plusieurs ne visent que la note de passage pour avoir leur diplôme. Toutefois, faire une présentation devant un public non familier les pousse à livrer une bonne performance pour des raisons qui vont au-delà de la note qui y est associée.
Pourquoi changer une recette gagnante?
Au fil de mes 30 années d’enseignement, comme tout enseignant ou enseignante, j’ai continuellement cherché à améliorer les diverses activités de mes cours. Je les ai aussi régulièrement remises en question. La dynamique de ce cours et la charge de travail qui y est associée m’ont parfois amenée à vouloir le transformer complètement, espérant aussi en rajeunir la formule. C’est ainsi que j’ai contacté un collègue enseignant à La Pocatière (à qui j’ai déjà enseigné et qui a aussi été mon stagiaire). Je souhaitais qu’il me donne des idées nouvelles et stimulantes. Sa réponse a balayé mes doutes lorsqu’il m’a dit qu’il faisait la même chose que moi… J’ai compris que ma façon de faire était éprouvée! J’ai été forcée de me rendre à l’évidence: pourquoi changer une formule gagnante?
En somme, toutes les activités proposées dans ce cours ont constamment évolué au fil des années. Elles sont bien souvent le fruit d’une réflexion estivale et d’une combinaison d’idées partagées par des collègues lors de colloques, par exemple.
Je suis bien consciente de la particularité de mon campus à toute petite échelle qui me permet une certaine flexibilité. Mais si les activités que je fais avec mes élèves peuvent inspirer d’autres enseignants et enseignantes, je suis heureuse de les partager avec vous. J’espère qu’elles sauront vous apporter autant de plaisir et de satisfaction qu’elles m’en ont procurés tout au long de ma carrière!
Si vous avez, vous aussi, une recette éprouvée pour l’un ou l’autre des cours que vous donnez, partagez-la avec les lecteurs et lectrices d’Éductive dans la zone de commentaires!
Bravo Sylvana pour ton dévouement et ton implication auprès de tes étudiantes et étudiants. Je peux témoigner du succès des activités pédagogiques mentionnées dans ton texte et c’est un plaisir de pouvoir collaborer avec toi dans ce dossier. Merci pour ce partage!
Félicitations, Sylvana, pour avoir conçu et peaufiné cette approche pédagogique à impact élevé pour les étudiants et les étudiantes. Belle continuation à toi!