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24 mars 2014

Réapprendre à enseigner par la classe d’apprentissage actif

Ce texte a initialement été publié par Profweb sous licence CC BY-NC-ND 4.0 International, avant la création d’Éductive.

Je suis enseignant au département de littérature et communication du Cégep de Trois-Rivières. À l’hiver 2013, j’ai commencé à enseigner dans une classe d’apprentissage actif. J’ai dû modifier la manière dont j’enseignais (ma posture en classe et l’angle pédagogique) entre autres  par  le biais des TIC. Si ce changement a pu être angoissant par moments, non seulement a-t-il eu une incidence positive sur la réussite étudiante, mais il m’a aussi fait redécouvrir le plaisir d’enseigner.

Vous vous souvenez de 1994? Année de la réforme de l’enseignement au collégial? Celle que l’on avait baptisée le Renouveau collégial? Nous avions dû redéfinir l’ensemble de nos cours de français et même en créer de tout nouveaux. C’est ce qui a permis de mettre au monde le cours de Pratique de la communication, le quatrième cours de la séquence en 601. Nous le bâtissions selon les grands principes de l’approche par compétences, en nous inspirant selon les grandes règles du socioconstructivisme.

Infonuagique

Nous sommes maintenant 20 ans plus tard, eh oui! Le cours a évolué autant dans sa forme que dans son contenu. Ceci dit, pour moi, il était devenu impératif d’apporter un peu de nouveau, ou de re-renouveau, dans mon enseignement. J’avais besoin d’un coup de main. C’est à ce moment que j’ai découvert la classe d’apprentissage actif (CLAAC) du Cégep de Trois-Rivières, grâce au travail de notre conseillère TIC, Chantal Desrosiers.

Dans la classe d’apprentissage actif au Cégep de Trois-Rivières, il y a la classe, soit une configuration tout en rond. Les élèves sont réunis en équipe autour de tables rondes, ce qui favorise les échanges, et, au milieu se trouve l’enseignant qui lui doit bouger. Puis, il y a le recours à l’infonuagique et à l’ensemble des outils TIC, ce qui permet de rendre l’élève plus actif dans son apprentissage. Bref, tout se centre et tout rayonne.

Avant que j’utilise la classe d’apprentissage actif pour mes cours, ma principale question était celle-ci : « Passer à la classe d’apprentissage actif demande-t-il de tout remettre en question? » La réponse est nuancée, c’est en quelque sorte « Oui et non » :

  • Concernant la matière? Plus non que oui, il faut respecter la finalité du cours, la compétence énoncée.
  • Concernant la manière? Surtout oui, il faut laisser la place à l’apprenant, le mettre au centre de l’acte d’apprentissage, en particulier par un recours accru aux TIC!

Commençons par l’énoncé de la compétence à atteindre : « Utiliser les principes et les procédés de la communication pour la compréhension et la production de différents types de discours oraux et écrits, en particulier l’exposé oral à caractère argumentatif appuyé sur une préparation écrite ».

C’est l’objectif à atteindre dans mon cours, en 60 périodes de 2 heures où toute la matière avait déjà été divisée selon les grands principes du Renouveau collégial. Alors oui, il faut remettre sur la table à dessin tout le processus du cours, adapter le contenu au nouveau contenant.

Dans mon cas, cela s’est traduit par un scrapbook où chaque portion de la matière devait retourner au rebut (scrap) pour mieux renaître de ses cendres, comme le phénix! Ici, ce n’est pas un exercice de style, mais bien une reconsidération de la matière. Il m’a fallu accepter de tout remettre en question, étape par étape, élément de compétence par élément de compétence. Ça a été, je crois, la partie la plus angoissante du processus. Il faut se poser la question : « Qu’est-ce que l’étudiant peut apprendre de lui-même, de façon active? À quel moment je peux accepter de laisser mon rôle d’enseignant didacticien pour devenir facilitateur, animateur? Quelle compétence l’élève peut-il acquérir de lui-même et comment, surtout? »

Dans le contexte de la classe d’apprentissage actif, la manière d’enseigner doit être adaptée. En Français 601, on trouve déjà l’idée de l’apprentissage par projet chère au Renouveau collégial dans le projet de communication de l’étudiant, un premier travail qui arrime, avec les travaux qui en découlent (l’exposé oral et le texte informatif), tous les éléments de compétence du cours. L’apprentissage par projet est aussi au cœur de la classe d’apprentissage actif. La différence? Traditionnellement, l’étudiant élaborait seul son projet. Maintenant, le projet se fait en équipe, en collaboration de façon à ce que chacun soit à même de mieux comprendre les enjeux et de s’approprier la compétence pour son propre projet, parce que l’équipe a su relever le défi.

Luc Archambault dans une classe d'apprentissage actif, Cégep de Trois-Rivières

Luc Archambault dans une classe d’apprentissage actif, Cégep de Trois-Rivières

La classe d’apprentissage actif, c’est aussi un environnement physique. Il faut en maîtriser les contraintes et surtout les avantages. C’est une classe meublée de tables rondes où se retrouveront les élèves, en équipe, cours après cours et un enseignant  en son centre, loin de sa zone de sécurité. En fait, il n’y a plus de devant ni de derrière de classe. Il n’y a qu’un centre autour duquel gravitent les équipes. Cette nouvelle configuration demande de faire face sans tourner le dos, d’être en mouvement, elle impose une nouvelle dynamique de contact avec les élèves, mais favorise aussi un rapprochement plus individualisé. 36 pupitres se traduisent en 6 tables, ou 6 équipes : diviser pour mieux régner?

Outre l’environnement physique, la classe d’apprentissage actif demande une certaine maîtrise des technologies de la communication : tous les Google Drive, Dropbox, Moodle et autres sont mis à contribution. Sont-ils tous nécessaires ou d’égale utilité? Chacun doit y voir. En ce qui me concerne, LÉA et MIO, le couple TIC bien connu au cégep de Trois-Rivières, comblent bien les besoins de mon cours, mais la porte n’est pas fermée à d’autres outils. À l’automne 2012, j’ai transféré l’ensemble de mon cours sous Moodle, mais je ne l’ai pas rendu accessible à mes groupes, parce que je ne me sentais pas en maîtrise de l’outil, d’une part ni de la manière classe d’apprentissage actif, d’autre part. L’un et l’autre sont en processus d’intégration pour moi.

L'interface LÉA de mon cours Français 601

L’interface LÉA de mon cours Français 601

L’enseignant que je suis vit bien avec la matière à enseigner. La manière, le chemin à parcourir pour la livrer à l’élève en apprentissage actif se définit progressivement. Et c’est avec un certain succès, l’enthousiasme des étudiants peut en témoigner! Le point le plus marquant réside dans le plaisir redécouvert, renouvelé, à enseigner. Le défi des enseignants de ma génération, au fur et à mesure de l’intégration de ces nouvelles approches technopédagogiques, sera de transmettre à nos collègues cette nouvelle vision de l’enseignement.

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Nicole Perreault
Nicole Perreault
24 mars 2014 21h29

Merci Luc pour ce récit Profweb. À lire l’impact que le renouvellement de votre approche pédagogique a eu, tant sur les étudiants que sur vous, c’est à la fois stimulant et touchant. À ceux et celles que cela intéresserait, on peut prendre connaissance d’une capsule vidéo où Luc parle de son expérience dans le cadre d’une activité d’échange organisée par le Réseau REPTIC : http://www.reptic.qc.ca/caa-recits-dexperience/#reapprendre-enseigner

Virginie Gagnon-Carignan
Virginie Gagnon-Carignan
16 juin 2014 17h47

Bonjour Luc, je suis enseignante en littérature et j’ai moi aussi utilisé une classe d’apprentissage actif pour mon cours 601-102-MQ, mais seulement à deux reprises. Votre récit m’interpelle particulièrement. J’aimerais bien en savoir plus sur votre façon d’arrimer la matière à cette nouvelle façon d’enseigner et d’interagir. Pourriez-vous me donner un exemple d’activité d’apprentissage qui se prête bien à la classe d’apprentissage actif? Pour ma part, j’ai tenté une activité remue-méninges avec travail collaboratif. Merci!