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20 mai 2022

Créer une caméra mobile pour transposer des laboratoires de Soins infirmiers à distance

Dans les laboratoires de Soins infirmiers, les techniques enseignées requièrent un souci du détail et une minutie dans l’exécution. Avec le virage forcé en mode hybride occasionné par la COVID-19, nous avons cherché une manière de capter les images avec précision tout en ayant une grande flexibilité. Nous avions besoin de mobilité pour zoomer sur certaines parties du corps. Nous avons donc conçu notre propre caméra mobile!

Un travail de collaboration

Transposer la portion théorique de nos cours à distance, c’est une chose, mais transposer les laboratoires, c’est tout autre…

Lorsque nous tergiversions sur la façon de filmer nos laboratoires en simplifiant au maximum l’aspect technologique, notre collègue Serge Parent, aux ressources matérielles, a entendu parler de notre projet. Il nous a fabriqué une 1re itération de notre caméra mobile avec du matériel qui traînait dans le sous-sol du cégep.

Initialement, Serge avait fixé la caméra sur une table d’hôpital, mais cela menait tout un vacarme quand nous tentions de la déplacer. Nous avons donc vite écarté cette option. Serge a repensé le prototype en récupérant de vieux bancs sur roulettes et en créant une sorte de plateforme pour déposer la caméra, mais là encore, c’était un peu difficile à manipuler.

Notre principal enjeu était d’avoir quelque chose que nous pouvions facilement déplacer sans perdre la qualité de l’image. Il ne fallait pas que ce soit trop gros, car nos locaux sont plutôt exigus.

À force de parler de notre projet et des difficultés que nous avions à le mettre en forme, plusieurs personnes de Soins infirmiers, des Ressources matérielles du cégep, du Service des technologies informatiques et de l’audiovisuel se sont greffées à notre équipe pour nous aider. Grâce à leur aide, nous avons ainsi trouvé une caméra vidéo qui répondait mieux à nos besoins qui avait été installée dans un autre local du cégep.

Nous avons aussi trouvé sur Amazon un mât télescopique que Serge est venu fixer sur les roulettes d’une vieille chaise de bureau. Ainsi, la base de la caméra mobile peut s’imbriquer sous les tables et cela nous permet de gagner de l’espace.

On peut même dire que notre projet est écologique, puisque nous avons récupéré du matériel qui avait été oublié dans le sous-sol du cégep!

La photo représente la caméra mobile utilisée dans les cours de Soins infirmiers du Cégep Beauce-Appalaches. La base de la caméra comporte les roulettes d’une chaise de bureau, puis le corps de la caméra est constitué d’un mât en métal noir extensible au bout duquel une caméra périphérique a été installée.

Notre caméra mobile composée d’une caméra, d’un mât télescopique et des roulettes d’une chaise.

Lors d’une prochaine itération de caméra mobile, nous aimerions installer des freins sur les roulettes.

Depuis l’hiver 2020, nous avons créé 2 caméras mobiles pour nos 3 salles de laboratoire. Nous pouvons déplacer les caméras d’une salle à une autre.

Utilisation de la caméra dans nos classes

Dans le contexte de la pandémie, nos cours théoriques étaient transposés en ligne, mais c’était à notre équipe de Soins infirmiers de repenser la forme que prendraient nos laboratoires. Pouvions-nous transposer des laboratoires en mode hybride? Garder les labos en présentiel, était-ce sécuritaire pour nos élèves? La caméra mobile nous a permis d’obtenir une grande flexibilité dans la forme qu’ont prise nos laboratoires.

Notre caméra mobile nous a, entre autres, permis de nous filmer en classe et de donner nos laboratoires à la fois en présence et à distance.

Nous pouvions ainsi filmer nos manipulations et le reste de la classe pour recréer le sentiment de groupe pour les élèves confinés à la maison.

Il nous est aussi arrivé de nous filmer en classe et d’interagir avec nos élèves qui étaient tous sur Zoom à la maison au plus fort de la pandémie.

Un enseignant est assis devant une table avec du matériel de réanimation cardiorespiratoire. Il s’adresse à ses étudiants qui sont en visioconférence. Un écran au mur projette l’image de la visioconférence.

Dany Jolin, enseignant en Soins infirmiers au Cégep Beauce-Appalaches, présente les manœuvres de réanimation à ses étudiants sur Zoom.

Limiter les attroupements et permettre à tous de bien voir

Habituellement, lors des laboratoires classiques, nous faisions approcher les étudiants pour qu’ils voient mieux nos manipulations (par exemple, faire des sutures ou une ponction veineuse). Cela créait un attroupement autour de l’enseignant et souvent plusieurs personnes ne voyaient pas la manipulation enseignée ou étaient simplement distraites par les autres. Avec la caméra mobile, nous filmons nos manipulations et projetons l’image sur l’écran à l’avant du local. Ainsi, tous les étudiants voient mieux ce que nous tentons d’enseigner. De plus, tout le monde respecte les 2 mètres de distance.

Pour nous aider avec la caméra, nous nommons souvent un étudiant ou une étudiante qui devient notre accessoiriste le temps de notre présentation. Cet élève est chargé de suivre nos mouvements avec la caméra. Nous pouvons ainsi nous concentrer sur les manipulations sans nous préoccuper de l’image projetée.

Nous avons même utilisé la caméra mobile lors d’une présentation qui a été faite dans nos locaux par l’un de nos fournisseurs de matériel médical. Au lieu de créer un attroupement autour du représentant pour le voir mettre une collerette autour d’une stomie, nous avons projeté ses manipulations sur l’écran dans la salle de cours. Cela a permis à tous les enseignants et les enseignantes du département de bien voir ce que le représentant faisait.

Le souci du détail

Notre grande préoccupation était le souci du détail. En Soins infirmiers, l’exactitude des gestes posés est cruciale. Avec notre caméra mobile, nous sommes en mesure d’aller chercher une bonne qualité d’image. Par exemple, on arrive presque à lire le nombre de millilitres sur la seringue utilisée pour faire une injection chez un nouveau-né. Avec notre caméra mobile, nous pouvons nous filmer en plongée et facilement déplacer la caméra pour suivre nos gestes. Cela nous permet de créer des capsules vidéos et de les partager à nos étudiants sur Stream. Ainsi, ils peuvent revoir et réviser les manipulations enseignées.

Lise Roy, enseignante en Soins infirmiers au Cégep Beauce-Appalaches, présente l’injection de vitamines sur un nouveau-né.

Nous aimerions tout de même améliorer la qualité de l’image. Étant donné que la caméra est petite, l’image devient un peu floue lorsque les manipulations sont faites sur des draps blancs. Pour éviter cette situation, nous plaçons quelque chose de foncé à l’arrière du mannequin.

Quand c’est l’enseignante qui a la COVID

La COVID s’est aussi invitée chez les enseignants et les enseignantes. Karine a dû s’isoler et enseigner à la maison pendant que les étudiants étaient en présence. Elle avait le matériel à la maison et montrait les manipulations à réaliser lors d’une visioconférence sur Teams qui était projetée dans le laboratoire. La caméra mobile permettait à Karine de voir une bonne partie de la classe. Puis, les étudiants venaient à l’avant de la classe faire valider leurs manipulations en le montrant à Karine par l’entremise de la caméra mobile. Lorsqu’ils avaient une question, ils venaient la poser à la caméra et Karine leur répondait. Ça reste de l’enseignement en ligne, mais les étudiants reçoivent toute la matière et font les apprentissages attendus tout en s’entraidant. Si nous n’avions pas eu cette caméra, nous aurions dû remplacer Karine ou annuler le laboratoire, mais il est très difficile en temps de COVID de trouver des enseignants remplaçants en Soins infirmiers.

Pourquoi ne pas avoir transposé la séance entièrement en ligne en mode synchrone? Avec le retour en présence, l’horaire des étudiants est chargé et les cours s’enchaînent, ils ne sont plus à la maison et les espaces de travail individuel commençaient à se faire rares au cégep avec les mesures de distanciation qui étaient en vigueur à l’automne 2021.

D’autres pistes d’utilisation de nos caméras mobiles

Nous pensions utiliser les caméras seulement pendant la pandémie, mais les caméras mobiles font maintenant partie de notre enseignement et sont utilisées par plusieurs enseignants du département. Nous les utilisons aussi lors d’activités à distance, comme lors de la journée portes ouvertes du cégep.

D’ailleurs, d’autres départements du cégep ont demandé aux Ressources matérielles de leur créer des caméras mobiles, entre autres en Techniques de santé animale. La demande commence à devenir trop forte, car Serge est sur le point de manquer de vieilles chaises à roulettes.

Note de l’éditrice

La création de la caméra mobile en Soins infirmiers par Sonia Lachance, Julie Mathieu, Karine Parent et Serge Parent a été soulignée par le Cégep Beauce-Appalaches. Le Cégep leur a décerné un prix pour avoir mis en place une initiative novatrice qui a eu une incidence sur d’autres départements de leur établissement.

À propos des auteures

Julie Mathieu

Julie Mathieu est infirmière bachelière depuis plus de 25 ans, membre de l’OIIQ depuis 1993. Elle a œuvré dans tous les milieux de soins en CLSC. Depuis 2003, elle enseigne à temps complet au Cégep Beauce-Appalaches, principalement en 1re année. Elle détient un microprogramme en enseignement collégial. Depuis 2020, elle est cocoordonnatrice du Département de Soins infirmiers.

Sonia Lachance

Sonia Lachance a obtenu son diplôme d’infirmière au Cégep Beauce-Appalaches. En 1989, elle a débuté sa carrière en gériatrie, milieu dans lequel elle a œuvré pendant 10 ans. Par la suite, elle a travaillé au service courant et au maintien à domicile en CLSC. Depuis 4 ans, elle est revenue à ses racines au Cégep Beauce-Appalaches à titre d’infirmière technicienne en travaux pratiques. Ce fut pour elle un plaisir de collaborer avec ses collègues à la création et au développement de ce projet qui fut très mobilisateur en cette période pandémique.

Karine Parent

Karine Parent est infirmière depuis 22 ans. Elle a débuté en néphrologie/greffe rénale à l’Hôtel-Dieu de Québec. Elle a obtenu le Prix reconnaissance relève infirmière pour son leadership professionnel et son engagement au CHUQ en 2004, ainsi que le Prix relève infirmière de l’ORIIQ en 2005. Elle est bachelière depuis 2006. Tout en étant assistante infirmière-chef, elle accompagnait des stagiaires en Sciences infirmières de l’Université Laval. Elle a travaillé en tant qu’enseignante au Cégep Garneau et, depuis 2008, elle travaille au Cégep Beauce-Appalaches et enseigne principalement en 1re et 3e année.

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