Dans les derniers mois, sans réelle connaissances de la programmation, j’ai utilisé l’intelligence artificielle générative (IAG) pour développer une application web. Au départ, je voulais qu’elle me serve à faire le suivi des apprentissages de mes élèves. Mais cette idée s’est élargie: rassembler dans un seul espace de travail ce qu’on fait déjà dans notre pratique enseignante:
- planifier
- annoter
- évaluer
- suivre l’apprentissage des élèves
- construire la note finale
De plus, cette numérisation du flux de travail permet de recueillir des microdonnées fort utiles pour le dépistage et l’accompagnement des élèves. Mon objectif est de rendre cette plateforme disponible dans le réseau collégial pour que des enseignants et des enseignantes de toutes les disciplines puissent l’utiliser. Vous pouvez d’ailleurs dès maintenant en faire l’essai et me partager votre expérience! Lisez la suite pour en savoir plus…
Ces derniers mois ont donc été une riche période d’apprentissage où j’ai développé de nouvelles compétences techniques tout en approfondissant ma réflexion sur ma propre pratique pédagogique. Je crois qu’un défi aussi grand que l’intégration de l’IA en éducation peut devenir un puissant catalyseur de développement professionnel. À 2 conditions cependant: accepter d’être déstabilisé et remettre en question ses certitudes!
Un outil artisanal
Au début, pour suivre les progrès de mes élèves, je voulais compiler plusieurs informations liées à leur engagement et à leur contexte d’apprentissage. Rien de bien révolutionnaire : relever la présence en classe de l’élève, noter la complétion des travaux, indiquer très précisément l’échelle de performance pour chaque critère (pas seulement la note finale), le type d’erreurs, le nombre de mots, etc., Ces microdonnées me semblaient utiles pour éclairer mes interventions en classe.
J’ai lancé mon projet de «monitorage» à l’hiver 2024. Avec l’aide de Gemini (Google), j’ai codifié dans un tableur les observations que je faisais intuitivement depuis des années mais que je ne colligeais pas aussi systématiquement. J’ai également commencé à standardiser ma pratique d’évaluation en utilisant des critères holistiques constants sur tous les travaux pendant tout le trimestre. À la fin de la session, j’ai analysé ces microdonnées avec Claude (Anthropic). À ma grande surprise, les données m’a permis d’identifier des «tendances» et de repérer des «blocages» dans l’apprentissage de mes élèves. C’était inusité.
J’ai documenté cette fascinante découverte dans un 1er récit de pratique publié sur Éductive en janvier 2025.
J’ai poursuivi ma lancée à la session suivante. Cependant, mon tableur «artisanal», progressivement truffé de formules complexes et de cellules interreliées, est devenu un vrai cauchemar pour la maintenance lors du passage à un autre groupe d’élèves. J’ai réussi à garder le cadre, tout fonctionnait, mais je voyais bien que mon outil était fragile, limité par son format passif et peu ergonomique. Par conséquent, il n’avait pas vraiment d’avenir. Il était trop à étendre à d’autres cours ou d’autres pratiques.

Aperçu de mon tableur à l’automne 2024. (Note : les identités présentées ici sont fictives.) Derrière cette interface composée d’une multitude de cellules colorées se cachent des formules très complexes développées avec l’aide de l’IA. Mon objectif était de voir ce que les simples résultats sommatifs finaux ne révèlent pas.
C’est de cette situation problématique qu’est venue l’idée de transformer mon tableur en une application web autonome.
Mon apprentissage: de novice à développeur conceptuel
À la ligne de départ: un enseignant sans compétences techniques
En janvier 2024, devant mon outil «artisanal», j’avais encore très peu de connaissances techniques. J’ai développé avec l’IA de façon très intuitive les formules mathématiques complexes qui m’ont permis de révéler l’implicite dans l’apprentissage de mes élèves. J’expliquais ce que je cherchais et Gemini me livrait les formules à insérer dans les bonnes cellules dans mon tableur. Je testais, ça marchait ou non, et je reprenais le boulot. Je développais patiemment un outil qui gagnait de plus en plus en précision.
J’ai travaillé avec Gemini (Google), j’ai aussi exploré avec ChatGPT (OpenAI), mais c’est Claude (Anthropic) que j’ai fini par adopter dès le moment de sa sortie au Canada. C’est l’outil qui m’a semblé le plus efficace pour raffiner mon instrument. Durant les mois suivants, c’était assez fascinant de travailler avec un agent qui se développait en parallèle de mes compétences. Il m’offrait régulièrement de nouvelles possibilités et je les explorais aussitôt.
Je ne savais pratiquement rien du codage. Mon expérience se résumait à quelques lignes de BASIC écrites au secondaire il y a 40 ans et à la création de sites web rudimentaires vers 2000-2005. Je ne maîtrisais ni HTML, ni JavaScript, ni les feuilles de style CSS. L’idée de développer une application web complexe aurait dû me paraître irréaliste. Mais… je suis assez têtu parfois.
Mon objectif était emballant et malgré mon manque de compétences techniques, je n’avais pas peur d’apprendre. Au contraire. Je pense que c’est cette tension productive entre mon intention et l’absence de moyens qui a rendu mon apprentissage possible.
Utiliser l’IA: apprendre en expliquant
Dans un 1er temps, travailler avec l’IA a exigé que je transforme mon savoir tacite en «instructions» explicites. Chaque fonctionnalité que je voulais traduire dans l’application web nécessitait que je décrive précisément:
- ce que je sentais intuitivement: «Comment savoir qu’un élève est à risque?»
- comment je le savais: «Quelle est la logique derrière un seuil d’alerte?»
- comment le processus de réponse devait fonctionner: «Dans quel ordre traiter ces informations?»
Cette nécessité constante de tout expliciter a créé une boucle d’apprentissage récursive: pour «enseigner» à l’IA, je devais d’abord comprendre en profondeur ce que moi-même je faisais intuitivement. Mon utilisation de l’IA était un questionnement continu qui ne laissait passer aucune imprécision. Et une fois les choses au clair, il devenait de plus en plus facile… de les clarifier !
La courbe d’apprentissage technique
Ma progression technique s’est faite par paliers.
Phase 1 (hiver-automne 2024) : le copier-coller laborieux

Dans les 1res expérimentations, je travaillais avec Claude Sonnet (Anthropic) qui était à ce moment un agent conversationnel qui me permettais de définir des fonctions et de les rendre actionnables sous la forme de code, comme je le faisais dans mon tableur.
Au centre, l’échange avec l’IA.
À droite, le code html ou javascript avec les consignes d’intégration.
À gauche, l’interface de Visual Code où je collais pièce par pièce les correctifs nécessaires.
Ce 1er cycle a demandé beaucoup de concentration. Il exigeait une connaissance du code que je n’avais pas du tout. J’avançais sur des œufs et j’apprenais par essai-erreur. Chaque nouvelle fonctionnalité risquait de casser le code. Pour me prémunir contre la régression, je faisais régulièrement des sauvegardes que je numérotais et archivais. Progressivement, j’ai compris la logique, les erreurs de syntaxe sont devenues lisibles et les concepts de variables et de fonctions ont pris sens dans ma tête.
Phase 2 (octobre 2025): l’accélération avec Claude Code
Le point véritable de bascule est survenu à l’automne 2025 quand Anthropic a présenté un nouveau produit qui a décuplé ma vitesse de développement. Mon passage à Claude Code a été déterminant parce que ce nouvel agent de codage:
- lit directement mes fichiers de projet sur mon disque
- comprend l’architecture d’ensemble
- fait lui-même les modifications nécessaires
- teste ses solutions
- enregistre automatiquement un journal des modifications sur Git, ce qui permet de rétablir des versions antérieures du code au besoin
Grâce à Claude Code: plus d’erreurs de copier-coller et plus d’archivage bancal entre mes versions de travail. Github, que je ne connaissais pas, est devenu un outil de 1er plan. Mon système a fait un immense bon dans la cohérence et la persistance. À partir de ce moment, j’ai pu me concentrer sur la conception de l’outil et déléguer l’exécution technique à un agent plus compétent que moi. C’est à ce moment que tout a déboulé.

Je travaillais désormais avec le terminal de mon Mac. J’interagissais avec Claude Code en langage naturel. L’agent effectuait sous mes yeux l’ajout ou la suppression du code en me demandant à chaque fois mon approbation.
Phase 3 (novembre 2025-janvier 2026): la maîtrise conceptuelle
Aujourd’hui, je ne code toujours pas. Mais je comprends mieux l’architecture modulaire de mon application. Je distingue IndexedDB et localStorage, et je comprends mieux aussi la fonction essentielle du namespacing. Je ne connais pas le code, mais, surprenamment, je peux déboguer conceptuellement un problème, même si je ne peux pas le faire moi-même. Parce que je connais exactement comment l’application fonctionne et… comment je travaille.






Bravo! Très bel exemple de l’utilisation de l’IA pour la création d’application utile pour la communauté enseignante!