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18 mars 2026

L’IA générative entre dans les études en droit: un parcours en ligne pour développer des usages responsables

La rédaction de cet article a été soutenue par l’application d’IAG Claude.AI (Sonnet 4.5)

En collaboration avec 5 personnes étudiantes, nous avons créé une formation sur l’utilisation de l’intelligence artificielle générative (IAG) spécialement destinée aux étudiantes et étudiants en droit. Cette formation autonome et autoportante hébergée sur Moodle est centrée sur la sensibilisation aux enjeux et la formation à des usages responsables de l’IA générative, dans une perspective disciplinaire.

Page d’accueil du site Moodle de notre formation

Notre objectif

Au Canada, un sondage mené en 2025 par KPMG indique que 73 % des étudiantes et étudiants disent utiliser des outils d’IAG dans leurs travaux scolaires, contre 59 % en 2024. Cette progression rapide pose un défi: comment accompagner ces usages, non pas en interdisant ou en promouvant l’IA, mais en développant une utilisation réfléchie et responsable?

Au Département des sciences juridiques de l’UQAM, cette question a été à l’origine de notre projet.

Ce projet s’inscrit dans le cadre du Plan d’action pour la réussite en enseignement supérieur (PARES). Accompagnés par 5 personnes étudiantes (Michael Bilukidi, Dominik Langlois, Carven Lebrun, Cloé Gravelle et Mathilde Rahayel), nous avons réalisé un travail:

  • d’analyse des besoins
  • d’inventaire de l’existant
  • de recherche
  • de conception
  • de rédaction
  • de scénarisation
  • de production des contenus
  • d’intégration dans l’environnement numérique

Cette collaboration a permis d’ancrer la formation dans des situations proches du vécu étudiant, avec un ton clair, accessible et concret.

L’objectif n’était pas de «parler de l’IAG de manière générale», mais de travailler sur ce que ces outils changent concrètement dans la manière de s’en servir dans le cadre des études et, éventuellement, dans la future pratique professionnelle.

Un besoin de repères clairs

Dans le contexte des études universitaires, l’IAG s’invite de plus en plus dans le quotidien étudiant:

  • préparation de travaux
  • recherche d’information
  • partenaire d’étude
  • soutien à la rédaction
  • révision de textes, voire, dans certains cas, contribution importante à la réalisation de travaux

Cette présence, encore peu encadrée jusqu’à récemment, soulève une série de questions pédagogiques:

La formation que nous avons conçue ne vise pas à montrer s’il «faut» ou non utiliser l’IA, mais cherche plutôt à offrir des repères communs et à nommer les enjeux. Elle soutient le développement d’une littératie numérique responsable et éthique, non seulement dans les études en droit, mais aussi dans la future pratique professionnelle.

Nous avons utilisé l’IA comme outil dans la conception et la réalisation de notre formation et nous l’expliquons aux étudiants et aux étudiantes au début de la formation.

Le choix d’une formation asynchrone et autoportante

Le programme de droit est déjà très chargé. Il aurait été difficile de consacrer, dans chaque cours, plusieurs séances aux mêmes notions de base sur l’IAG. Nous avons donc choisi de développer une formation asynchrone et autoportante, hébergée dans Moodle.

Ce format permet de:

  • proposer une base commune à toutes les personnes étudiantes ciblées par la formation
  • laisser chaque personne avancer à son rythme, selon ses disponibilités
  • libérer du temps en classe pour des discussions plus ciblées et des applications propres à chaque cours

La formation peut ainsi être utilisée comme un point de départ dans différents contextes (méthodologie, recherche, éthique, droit et technologies, etc.), au baccalauréat comme aux cycles supérieurs.

Une formation conçue avec et pour les personnes étudiantes

Le groupe de personnes étudiantes qui a participé à ce projet a été impliqué dès le début et sa contribution a été riche à plusieurs égards:

  • participation à la recherche documentaire
  • contribution à la conception du parcours d’apprentissage et au choix des enjeux et risques à présenter
  • ajustement du langage, des consignes et des exemples
  • commentaires sur la structure des sections
  • participation directe à la production de capsules vidéos et à la rédaction de certains contenus

La formation reste portée par l’expertise disciplinaire en droit et en technopédagogie, mais elle est traversée par la perspective étudiante. Ce croisement des regards renforce sa pertinence et son caractère mobilisateur.

Un angle disciplinaire qui distingue notre formation

Notre formation se distingue aussi par son ancrage disciplinaire fort. Alors que beaucoup de formations sur l’IAG restent très générales (présentation des mêmes outils, des mêmes exemples, des mêmes usages transversaux), nous avons dès le départ ancré la nôtre t dans le contexte du droit.

Les exemples, les études de cas, les démonstrations de requêtes et les mises en situation sont tous liés à des réalités juridiques:

  • recherche de décisions
  • analyse de textes
  • argumentation
  • réflexion sur la responsabilité professionnelle

Il ne s’agit pas seulement d’«illustrer» une formation générique avec un vocabulaire juridique, mais bien de montrer comment l’IA interagit avec:

  • la méthodologie propre aux études juridiques
  • les exigences de rigueur, de nuance et d’interprétation
  • les normes institutionnelles et déontologiques déjà en place

C’est ce croisement entre IA générative, pratique du droit et réflexion éthique qui donne à la formation son caractère innovant et en fait un modèle intéressant pour d’autres disciplines qui souhaitent offrir davantage qu’une formation générique sur l’IA.

Un parcours en 3 sections, avec diagnostics, exploration et retour sur les apprentissages

La formation dure environ 1 h 30. Elle est structurée en 3 sections complémentaires. Chaque section suit la même logique:

    1. Entrée en matière et activité diagnostique
      Chaque section commence par une activité diagnostique de connaissances (quiz, questions de perception, mise en situation). Elle permet à la personne étudiante de se situer par rapport au thème, de prendre conscience de ce qu’elle croit déjà savoir et de ses zones d’incertitude. Ce diagnostic a aussi un effet de motivation: il donne envie de voir comment la compréhension évoluera après la section.

      Aperçu de la page d’introduction de la section 1

    2. Exploration active à partir de ressources multimédias
      Des capsules vidéos et audios, des textes courts et des activités interactives permettent d’explorer les notions clés, toujours en lien avec des situations de droit.
    3. Bilan et points à retenir
      La section se termine par une synthèse des idées principales et quelques repères pratiques. Les personnes étudiantes sont invitées à revenir sur leurs réponses initiales et à constater ce qui a changé.

Le parcours se conclut par une activité de consolidation finale, qui revient sur l’ensemble des notions et propose une évaluation légère pour valider la compréhension globale.

Aperçu d’une question posée aux personnes étudiantes au terme de la formation

Les 3 sections

Section 1 – Bases de l’IA et de l’IAG

La 1re section vise à démystifier l’IA et l’IAG:

  • définitions accessibles
  • glossaire illustré
  • repères historiques
  • explication du cheminement «de la requête à la réponse»

L’accent est mis sur ce que les outils d’IAG font concrètement, sur les données sur lesquelles ils s’appuient et sur les raisons pour lesquelles leurs réponses doivent être examinées avec discernement, particulièrement en droit.

Aperçu de l’une des pages de la section 1

Section 2 – Utilisations en droit et pratiques de prompts

La 2e section s’intéresse à des usages concrets en sciences juridiques:

  • recherche
  • reformulation
  • structuration d’arguments
  • préparation de plans

Des exemples d’interactions avec des IA généralistes et des outils spécialisés servent de support pour:

  • comparer différentes requêtes (prompts)
  • observer l’impact de la formulation des requêtes sur les réponses
  • repérer des erreurs dans les réponses (références inventées, confusion entre systèmes juridiques, approximations conceptuelles)

L’objectif est de montrer comment l’IA peut soutenir le travail juridique sans remplacer l’analyse, et pourquoi la validation humaine demeure indispensable.

Aperçu de l’une des pages de la section 2

Section 3 – Enjeux éthiques, sociaux et environnementaux

La 3e section aborde les dimensions éthiques et sociales:

  • confidentialité
  • biais et justice sociale
  • impact environnemental
  • rapport aux sources et au droit d’auteur
  • responsabilité professionnelle.

Cette section s’appuie également sur des références institutionnelles (règlement sur l’intégrité académique, charte des droits et responsabilités, lignes directrices facultaires) pour situer l’usage de l’IA dans un cadre plus large de responsabilité académique et citoyenne. Ainsi, la discussion n’est pas réduite à la seule question de la fraude.

Aperçu de l’une des pages de la section 3

Une diversité de médias pour soutenir l’engagement

La formation mobilise plusieurs types de ressources:

  • textes courts et structurés
  • infographies conceptuelles et matériel de synthèse de l’information
  • capsules vidéos et audios
  • mises en situation interactives
  • quiz formatifs et activités de comparaison de réponses générées

L’une des pages de la section 2 contient une capsule vidéo et un quiz

Le format en ligne, asynchrone et autoportant permet aux personnes étudiantes de suivre le parcours où et quand elles le souhaitent. Les personnes enseignantes, elles, peuvent facilement intégrer la formation dans leurs cours sans surcharge organisationnelle.

Une 1re mise à l’essai prometteuse

La formation a été testée pour la 1re fois à l’automne dans 2 cours:

  • JUR2504 – Méthodologie de la recherche juridique (un cours du baccalauréat)
  • JUR7001 – Fondements méthodologiques de la recherche juridique (un cours des cycles supérieurs)

Environ une cinquantaine de personnes étudiantes ont eu accès à la formation. La grande majorité a complété les sections. Les résultats à l’activité de consolidation finale montrent une bonne maîtrise des notions essentielles, avec une forte proportion de notes supérieures à 80 %.

Les réponses au formulaire de rétroaction mettent en avant :

  • la clarté des explications
  • la pertinence des exemples disciplinaires
  • l’intérêt des activités interactives

Plusieurs commentaires suggèrent d’ajouter encore plus de cas pratiques et de prévoir, à terme, des sections «avancées» sur certains usages spécifiques (par exemple, la recherche jurisprudentielle assistée par IA ou l’analyse critique de textes générés). Ces suggestions alimentent déjà la planification des prochaines étapes.

Une base solide pour d’autres développements

Cette 1re version constitue une base transférable à d’autres cours en droit, mais aussi à d’autres disciplines confrontées à des enjeux similaires d’intégration de l’IAG dans les apprentissages.

Conçue avec un logiciel auteur professionnel (Articulate RISE), la formation peut être mise à jour rapidement (ajout d’exemples, adaptation à l’évolution des outils), puis réintégrée dans Moodle sans perte des données de suivi. Elle peut également être exportée vers d’autres environnements numériques d’apprentissage, ce qui en facilite la mutualisation.

À l’UQAM, ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large autour de l’IA en enseignement supérieur:

  • formations
  • groupes d’échanges
  • travaux de veille et d’expérimentation

La formation en droit y occupe une place particulière en montrant comment l’IAG peut être abordée dans une perspective disciplinaire, plutôt que seulement comme un enjeu transversal.

Une démarche transposable au collégial

Bien que la formation ait été conçue pour le contexte universitaire, plusieurs éléments de la démarche peuvent inspirer les équipes du réseau collégial, notamment en Techniques juridiques ou en Sciences humaines.

Les principes pédagogiques mobilisés sont suffisamment souples pour être adaptés à d’autres milieux, puisque la formation repose moins sur le niveau d’études que sur la manière d’aborder l’IAG avec un public apprenant.

Voici quelques composantes facilement transférables :

  • partir des pratiques réelles déjà présentes chez les étudiantes et étudiants
  • proposer un parcours court, structuré et asynchrone comme base commune d’apprentissage
  • intégrer, dans chaque section, une activité diagnostique pour situer les connaissances et mobiliser les personnes apprenantes
  • ancrer les exemples dans la réalité disciplinaire propre au programme
  • relier l’usage de l’IA aux politiques, règles et cadres institutionnels du milieu
  • coconstruire des contenus ou des exemples authentiques avec les étudiantes et étudiants

En ce sens, la démarche ne se limite pas au droit universitaire : elle offre un cadre adaptable à tout programme souhaitant aborder l’IAG de manière responsable, contextualisée et proche de l’expérience étudiante.

À l’heure où les outils génératifs se diffusent dans tous les ordres d’enseignement, cette expérience montre que la littératie numérique ne se réduit pas à la maîtrise technique des outils. Elle se construit également par la réflexion, le dialogue et la cocréation entre le personnel enseignant, les personnes étudiantes et les spécialistes du soutien pédagogique.

À propos des auteurs

Josiane Rioux Collin

Josiane Rioux Collin est professeure en droit des affaires et en droit agroalimentaire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Ses recherches portent notamment sur les pratiques commerciales du secteur agroalimentaire ainsi que sur les inégalités sociales et de santé qui en découlent. Elle s’intéresse aussi aux questions de pédagogie dans son enseignement et réfléchit aux approches favorisant l’apprentissage actif et l’inclusion en classe.

Pablo Castell

Pablo Castell possède 15 ans d’expérience en conception pédagogique, gestion de projets technopédagogiques et formation dans les milieux collégial, universitaire et corporatif. Titulaire d’une maîtrise en information et communication scientifique et d’un master en communication numérique et gestion de projets, il est à la fois pédagogue, vulgarisateur et professionnel polyvalent. Depuis plus de quatre ans, Pablo occupe le poste de chargé de projets technopédagogiques au Carrefour de l’innovation et de la pédagogie universitaire de l’UQAM. Dans ce rôle, il accompagne les équipes enseignantes dans l’intégration des technologies pour optimiser l’enseignement et l’apprentissage. Il se distingue par son approche innovante, alliant stratégies pédagogiques et solutions technologiques de pointe pour enrichir les pratiques éducatives.

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1 Commentaire
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Nicole Perreault
24 mars 2026 16h14

Bonjour Josiane et Pablo, j’ai pris connaissance de votre récit avec beaucoup d’intérêt et je tiens à vous féliciter pour cette initiative prometteuse et inspirante. 

Pensez-vous faire un bilan de votre projet ? J’aimerais, entre autres, connaître l’appréciation que les étudiantes et étudiants font du parcours de formation (entre autres : compréhension des notions apprises, application dans les autres cours du programme, perception de l’utilité de ces notions dans leur vie professionnelle future). 

Merci !

Dernière modification le 1 mois il y a par Nicole Perreault