La genèse du cadre RÉAGI
Lorsque l’IA générative a fait son apparition dans nos salles de classe, l’ambiance dans de nombreuses écoles était marquée par l’inquiétude de devoir faire face à l’incertitude. Partout, les personnes enseignantes étaient confrontées à la même question: que faire de cette nouvelle technologie si puissante et si imprévisible?
L’instinct de contrôler ou d’interdire l’utilisation de l’IA est compréhensible, mais ce n’est pas une véritable solution. Interdire d’utiliser l’IA à l’école ne ferait que retarder l’inévitable et ne préparerait pas nos élèves au monde dans lequel ils et elles s’apprêtent à entrer.
Entre le blocage de l’IA et son adoption totale, Morris avait déjà introduit une étape intermédiaire essentielle à la fin de l’année 2024: des questions de réflexion qui aidaient les élèves à examiner comment et pourquoi ils et elles utilisaient l’IA. Cette approche a jeté les bases de ce qui est devenu le cadre RÉAGI, en déplaçant l’accent de la conformité vers la réflexion, et finalement, vers la pratique professionnelle.
Réagir!
Nous nous rappelons une conversation entre nous où, un moment donné, presque sans réfléchir, nous avons tous deux dit la même chose à voix haute: « Nous ne pouvons pas simplement interdire l’IA. Nous devons au moins réagir! »
Cette simple déclaration est devenue le point de départ d’une réflexion. Réagir! Mais de quelle manière?
Nous sommes partis de 2 questions très concrètes que toute personne enseignante se pose aujourd’hui:
- Comment évaluer équitablement les travaux lorsque, dans bien des cas, les élèves utiliseront l’IA à un moment ou à un autre de leur démarche?
- Comment s’assurer que les élèves apprennent réellement, qu’ils et elles développent leur jugement et sens éthique malgré (et parfois grâce à) cette utilisation?
Ces questions forcent une e réflexion hors du dilemme «permettre ou interdire» pour en faire un enjeu de conception pédagogique: créer un dispositif qui rend visible le raisonnement, pas seulement le livrable. Ce dispositif, c’est le cadre RÉAGI. Ce qui a commencé par une conversation entre 2 enseignants est depuis devenu un cadre flexible que les éducateurs et éducatrices peuvent adapter, expérimenter et s’approprier.
Pour la conception du cadre RÉAGI, la pratique professionnelle a été notre « scénario idéal ». Si les élèves pouvaient apprendre, pendant leurs études, à utiliser l’IA avec discernement, de manière responsable et dans une perspective professionnelle, nous leur offririons un cadeau qui leur servirait bien au-delà de la salle de classe.
L’évolution de l’utilisation de l’IA: de la conformité à la réflexion, puis à la pratique professionnelle
Comme nous l’avons dit, lorsque l’IA a fait son apparition dans nos vies, la réaction de plusieurs a été d’adopter une posture de conformité: des politiques axées sur l’interdiction et la divulgation ont été implantées. Le point fort de cette posture est d’établir des garde-fous. Par contre, elle favorise un engagement minimal, en encourageant une « mentalité de cases à cocher ».
D’autres personnes ont plutôt adopté une posture de réflexion. Elles ont misé sur des journaux de réflexion sur l’IA. Le point fort de cette posture est d’encourager la métacognition et la transparence. Par contre, elle peut donner lieu à des incohérences. De plus, utilisé sans cadre, un journal de réflexion est malheureusement souvent considéré comme un complément plutôt qu’un élément essentiel d’un processus décisionnel.
Notre posture, la posture RÉAGI, est axée sur la pratique professionnelle. Elle intègre la conformité et la réflexion dans un système basé sur les compétences. Les étudiantes et les étudiants sont évalués sur le processus, la responsabilité et la maturité professionnelle, pas seulement sur les résultats.
RÉAGI va au-delà de la réflexion structurée, ce cadre soutient la pratique professionnelle. Il prépare les élèves à:
- appliquer l’IA avec discernement, sans dépendance
- s’approprier leurs décisions et faire preuve d’un sens des responsabilités éthiques
- exprimer clairement la valeur de l’être humain dans des flux de travail complexes
- passer du statut d’utilisateurs et d’utilisatrices de l’IA à celui de professionnels et de professionnelles qui maîtrisent l’IA
Il ne s’agit pas d’un remplacement des politiques de divulgation concernant l’utilisation de l’IA, mais plutôt de leur évolution naturelle.
RÉAGI va au-delà de la réflexion structurée, ce cadre soutient la pratique professionnelle. Il prépare les élèves à:
- appliquer l’IA avec discernement, sans dépendance
- s’approprier leurs décisions et faire preuve d’un sens des responsabilités éthiques
- exprimer clairement la valeur de l’être humain dans des flux de travail complexes
- passer du statut d’utilisateurs et d’utilisatrices de l’IA à celui de professionnels et de professionnelles qui maîtrisent l’IA
Il ne s’agit pas d’un remplacement des politiques de divulgation concernant l’utilisation de l’IA, mais plutôt de leur évolution naturelle.
Le cadre RÉAGI
Nous avons créé le cadre RÉAGI en nous basant sur les compétences essentielles requises sur le marché du travail pour 2025-2030. Pour identifier ces compétences, nous nous sommes basés sur de nombreuses sources, comme le rapport The Future of Jobs Report 2025 [en anglais] du Forum économique mondial
Au cours de ces recherches, nous avons regroupé les compétences dans ce que nous avons appelé RÉAGI, une structure thématique conçue pour relever les défis réels du travail entre l’humain et l’IA.
Les 7 questions d’évaluation du cadre RÉAGI
Le cadre RÉAGI s’articule autour de 7 questions.
Ces questions prennent un sens différent selon le moment où elles sont posées. Au début d’un cours, elles fonctionnent mieux comme outils formatifs: elles incitent à l’autoréflexion et à l’autonomie. Plus tard, elles se transforment en outils sommatifs: elles deviennent des marqueurs de responsabilité dans la pratique professionnelle.
En contexte d’évaluation formative (en cours d’apprentissage)
Dans la 1re partie de la session, pour enseigner à nos élèves à utiliser l’IA, nous leur faisons tenir un journal de réflexion sur la pratique professionnelle dans lequel ils et elles doivent répondre à 7 questions.
Cette activité d’apprentissage aide les élèves à réfléchir de manière critique avant l’évaluation finale. Plutôt que de tester les résultats, l’objectif est de créer une boucle de rétroaction entre les élèves et nous. Les élèves réfléchissent, nous leur répondons et, ainsi, tout le monde s’adapte et apprend.
Le journal de réflexion s’imbrique à des études de cas individuelles, des essais, des dissertations, des articles et des rapports. Il sert de support aux devoirs dans lesquels les élèves doivent exprimer leur raisonnement, leur prise de décision et leur conscience éthique en lien avec leur travail. (Le journal n’est pas conçu pour des tests à choix multiples, des quiz ou des tâches notées en groupe, car ceux-ci ne permettent pas une réflexion individuelle significative ni une vision professionnelle.)
Au début, les étudiants et les étudiantes sont invités à réfléchir à des questions simples mais puissantes: « Dois-je utiliser l’IA ici? Si oui, pourquoi? Si non, pourquoi? Quels sont les enjeux? »
Cette étape est consacrée à l’exploration.
Les personnes étudiantes ont le choix:
- si elles choisissent d’utiliser l’IA, elles doivent dire ce qu’elles ont demandé à l’IA, présenter les réponses obtenues et expliquer leur décision de conserver ou de rejeter certaines informations.
- si elles choisissent de ne pas utiliser l’IA, elles doivent expliquer les stratégies alternatives qu’elles ont utilisées.
Les 2 options sont valables. Ce qui importe, c’est le raisonnement. Ce travail formatif ouvre la voie à des commentaires: les enseignants et enseignantes peuvent examiner les réflexions, puis discuter avec les élèves. C’est là que commence la boucle de rétroaction: un espace de dialogue sur l’action, l’éthique et la prise de décision précoce.