Fermer×
26 novembre 2025

Un cadre de référence pour enseigner à faire preuve de jugement dans l’utilisation de l’IA

Lorsque l’intelligence artificielle (IA) générative a fait son apparition dans nos salles de classe, la 1re réaction dans de nombreux programmes a été de contrôler son usage: interdire l’IA, l’autoriser ou exiger sa divulgation. Cela a réglé le problème politique lié à l’utilisation de l’IA, mais pas le problème de l’apprentissage. Le vrai défi est le suivant: puisque nos élèves prennent des décisions réelles à l’aide de l’IA, nos cours doivent leur apprendre à bien le faire.

Dans cet article, nous vous racontons comment nous enseignons à nos élèves à faire preuve de jugement dans leur utilisation de l’IA. Pour y arriver, nous avons développé le cadre de référence RÉAGI, qui se décline en 5 repères:

  • R — Raison
    Décider d’utiliser ou non l’IA en fonction de l’objectif et des bénéfices attendus
  • É — Évaluation
    Définir un plan d’acceptation et de vérification des preuves produites
  • A — Attribution
    Préciser qui assume la responsabilité des décisions, des livrables et des résultats
  • G — Gouvernance
    Encadrer l’usage de l’IA par des règles d’éthique, de confidentialité, d’intégrité, de droits d’auteur et de conformité
  • I — Impact
    Expliciter les compromis entre rapidité, qualité et jugement humain

Nous avons testé le cadre de référence RÉAGI et l’avons ajusté afin de mettre l’accent sur les compétences réellement attendues sur le marché du travail.

Le gabarit du cadre de référence RÉAGI inclut 2 instruments pratiques:

  1. un journal de réflexion formatif axé autour de 7 questions qui invitent les élèves à faire des choix (et à protéger leur consentement en vertu de la loi 25 du Québec en autorisant explicitement des voies de non-utilisation).
  2. une grille d’évaluation sommative alignée sur 7 questions d’évaluation qui ancrent RÉAGI dans une évaluation réelle.

Afin de faciliter son adoption, le cadre RÉAGI reste ouvert et peut être adapté par toutes les personnes enseignantes, avec un gabarit et une rubrique d’évaluation.

RÉAGI ne remplace pas l’expertise. Il rend l’expertise visible, enseignable et vérifiable, transformant l’incertitude liée à l’IA en une habitude reproductible de prise de décision éthique et défendable.

Table des matières

La genèse du cadre RÉAGI

Lorsque l’IA générative a fait son apparition dans nos salles de classe, l’ambiance dans de nombreuses écoles était marquée par l’inquiétude de devoir faire face à l’incertitude. Partout, les personnes enseignantes étaient confrontées à la même question: que faire de cette nouvelle technologie si puissante et si imprévisible?

L’instinct de contrôler ou d’interdire l’utilisation de l’IA est compréhensible, mais ce n’est pas une véritable solution. Interdire d’utiliser l’IA à l’école ne ferait que retarder l’inévitable et ne préparerait pas nos élèves au monde dans lequel ils et elles s’apprêtent à entrer.

Entre le blocage de l’IA et son adoption totale, Morris avait déjà introduit une étape intermédiaire essentielle à la fin de l’année 2024: des questions de réflexion qui aidaient les élèves à examiner comment et pourquoi ils et elles utilisaient l’IA. Cette approche a jeté les bases de ce qui est devenu le cadre RÉAGI, en déplaçant l’accent de la conformité vers la réflexion, et finalement, vers la pratique professionnelle.

Réagir!

Nous nous rappelons une conversation entre nous où, un moment donné, presque sans réfléchir, nous avons tous deux dit la même chose à voix haute: « Nous ne pouvons pas simplement interdire l’IA. Nous devons au moins réagir! »

Cette simple déclaration est devenue le point de départ d’une réflexion. Réagir! Mais de quelle manière?

Nous sommes partis de 2 questions très concrètes que toute personne enseignante se pose aujourd’hui:

  • Comment évaluer équitablement les travaux lorsque, dans bien des cas, les élèves utiliseront l’IA à un moment ou à un autre de leur démarche?
  • Comment s’assurer que les élèves apprennent réellement, qu’ils et elles développent leur jugement et sens éthique malgré (et parfois grâce à) cette utilisation?

Ces questions forcent une e réflexion hors du dilemme «permettre ou interdire» pour en faire un enjeu de conception pédagogique: créer un dispositif qui rend visible le raisonnement, pas seulement le livrable. Ce dispositif, c’est le cadre RÉAGI. Ce qui a commencé par une conversation entre 2 enseignants est depuis devenu un cadre flexible que les éducateurs et éducatrices peuvent adapter, expérimenter et s’approprier.

Pour la conception du cadre RÉAGI, la pratique professionnelle a été notre « scénario idéal ». Si les élèves pouvaient apprendre, pendant leurs études, à utiliser l’IA avec discernement, de manière responsable et dans une perspective professionnelle, nous leur offririons un cadeau qui leur servirait bien au-delà de la salle de classe.

L’évolution de l’utilisation de l’IA: de la conformité à la réflexion, puis à la pratique professionnelle

Comme nous l’avons dit, lorsque l’IA a fait son apparition dans nos vies, la réaction de plusieurs a été d’adopter une posture de conformité: des politiques axées sur l’interdiction et la divulgation ont été implantées. Le point fort de cette posture est d’établir des garde-fous. Par contre, elle favorise un engagement minimal, en encourageant une « mentalité de cases à cocher ».

D’autres personnes ont plutôt adopté une posture de réflexion. Elles ont misé sur des journaux de réflexion sur l’IA. Le point fort de cette posture est d’encourager la métacognition et la transparence. Par contre, elle peut donner lieu à des incohérences. De plus, utilisé sans cadre, un journal de réflexion est malheureusement souvent considéré comme un complément plutôt qu’un élément essentiel d’un processus décisionnel.

Notre posture, la posture RÉAGI, est axée sur la pratique professionnelle. Elle intègre la conformité et la réflexion dans un système basé sur les compétences. Les étudiantes et les étudiants sont évalués sur le processus, la responsabilité et la maturité professionnelle, pas seulement sur les résultats.

RÉAGI va au-delà de la réflexion structurée, ce cadre soutient la pratique professionnelle. Il prépare les élèves à:

  • appliquer l’IA avec discernement, sans dépendance
  • s’approprier leurs décisions et faire preuve d’un sens des responsabilités éthiques
  • exprimer clairement la valeur de l’être humain dans des flux de travail complexes
  • passer du statut d’utilisateurs et d’utilisatrices de l’IA à celui de professionnels et de professionnelles qui maîtrisent l’IA

Il ne s’agit pas d’un remplacement des politiques de divulgation concernant l’utilisation de l’IA, mais plutôt de leur évolution naturelle.

RÉAGI va au-delà de la réflexion structurée, ce cadre soutient la pratique professionnelle. Il prépare les élèves à:

  • appliquer l’IA avec discernement, sans dépendance
  • s’approprier leurs décisions et faire preuve d’un sens des responsabilités éthiques
  • exprimer clairement la valeur de l’être humain dans des flux de travail complexes
  • passer du statut d’utilisateurs et d’utilisatrices de l’IA à celui de professionnels et de professionnelles qui maîtrisent l’IA

Il ne s’agit pas d’un remplacement des politiques de divulgation concernant l’utilisation de l’IA, mais plutôt de leur évolution naturelle.

Le cadre RÉAGI

Nous avons créé le cadre RÉAGI en nous basant sur les compétences essentielles requises sur le marché du travail pour 2025-2030. Pour identifier ces compétences, nous nous sommes basés sur de nombreuses sources, comme le rapport The Future of Jobs Report 2025 [en anglais] du Forum économique mondial

Au cours de ces recherches, nous avons regroupé les compétences dans ce que nous avons appelé RÉAGI, une structure thématique conçue pour relever les défis réels du travail entre l’humain et l’IA.

Les 7 questions d’évaluation du cadre RÉAGI

Le cadre RÉAGI s’articule autour de 7 questions.

Ces questions prennent un sens différent selon le moment où elles sont posées. Au début d’un cours, elles fonctionnent mieux comme outils formatifs: elles incitent à l’autoréflexion et à l’autonomie. Plus tard, elles se transforment en outils sommatifs: elles deviennent des marqueurs de responsabilité dans la pratique professionnelle.

En contexte d’évaluation formative (en cours d’apprentissage)

Dans la 1re partie de la session, pour enseigner à nos élèves à utiliser l’IA, nous leur faisons tenir un journal de réflexion sur la pratique professionnelle dans lequel ils et elles doivent répondre à 7 questions.

Cette activité d’apprentissage aide les élèves à réfléchir de manière critique avant l’évaluation finale. Plutôt que de tester les résultats, l’objectif est de créer une boucle de rétroaction entre les élèves et nous. Les élèves réfléchissent, nous leur répondons et, ainsi, tout le monde s’adapte et apprend.

Le journal de réflexion s’imbrique à des études de cas individuelles, des essais, des dissertations, des articles et des rapports. Il sert de support aux devoirs dans lesquels les élèves doivent exprimer leur raisonnement, leur prise de décision et leur conscience éthique en lien avec leur travail. (Le journal n’est pas conçu pour des tests à choix multiples, des quiz ou des tâches notées en groupe, car ceux-ci ne permettent pas une réflexion individuelle significative ni une vision professionnelle.)

Au début, les étudiants et les étudiantes sont invités à réfléchir à des questions simples mais puissantes: « Dois-je utiliser l’IA ici? Si oui, pourquoi? Si non, pourquoi? Quels sont les enjeux? »

Cette étape est consacrée à l’exploration.

Les personnes étudiantes ont le choix:

  • si elles choisissent d’utiliser l’IA, elles doivent dire ce qu’elles ont demandé à l’IA, présenter les réponses obtenues et expliquer leur décision de conserver ou de rejeter certaines informations.
  • si elles choisissent de ne pas utiliser l’IA, elles doivent expliquer les stratégies alternatives qu’elles ont utilisées.

Les 2 options sont valables. Ce qui importe, c’est le raisonnement. Ce travail formatif ouvre la voie à des commentaires: les enseignants et enseignantes peuvent examiner les réflexions, puis discuter avec les élèves. C’est là que commence la boucle de rétroaction: un espace de dialogue sur l’action, l’éthique et la prise de décision précoce.

Considérations éthiques et juridiques

Il est important d’aborder avec les élèves les considérations éthiques et juridiques pertinentes, telles que la loi 25 (Loi modernisant des dispositions législatives en matière de protection des renseignements personnels).

Les élèves se voient explicitement offrir un choix:

  • explorer comment utiliser l’IA de manière responsable, dans les limites de la vie privée et du droit d’auteur

ou

  • choisir de ne pas utiliser l’IA, en expliquant leur raisonnement et les stratégies alternatives qu’ils et elles ont utilisées à la place

Si les élèves utilisent l’IA, rappelez-leur d’éviter de télécharger des noms, des numéros d’étudiant ou d’étudiante, des notes ou des informations personnelles les concernant ou concernant d’autres personnes. Dites-leurs de ne pas partager et de ne pas télécharger sans autorisation des supports de cours, des devoirs ou des travaux créés par d’autres personnes vers des outils externes. Ces supports peuvent appartenir à leurs auteurs (enseignant ou enseignante ou collègue de classe) ou à l’établissement et sont protégés par le droit d’auteur. Les télécharger sans consentement risque d’enfreindre les lois sur la vie privée et la propriété intellectuelle.

Le choix offert aux élèves respecte le consentement éclairé, la protection des données et les droits de propriété intellectuelle. Il reconnaît que tous les élèves ne souhaitent pas que leurs données ou leurs travaux créatifs soient partagés avec des systèmes tiers, et il garantit que l’apprentissage se déroule de manière éthique, sans contrainte.

Voici les 7 questions du cadre RÉAGI appliquées dans un contexte d’évaluation formative. Chaque question donne lieu à un type spécifique de réflexion et d’opportunité de rétroaction par la personne enseignante.

Les 7 questions du cadre RÉAGI dans un contexte d’évaluation formative (journal de réflexion sur la pratique professionnelle)

  1. Objectif et justification
    Si vous envisagez d’utiliser l’IA, quelle est votre principale raison de le faire? Quel est votre objectif?
    Si vous évitez l’IA, quelle préoccupation (précision, confidentialité, éthique ou autre facteur) influence le plus ce choix?
  2. Conception de requêtes
    Si vous envisagez d’utiliser l’IA, quel type de requêtes ou d’instructions préparez-vous (contexte, ton, contraintes)?
    Si vous n’envisagez pas d’utiliser l’IA, quelles préoccupations vous empêchent de préparer des requêtes?
  3. Évaluation des résultats
    Si vous désirez que l’IA génère des résultats pour vous, comment envisagez-vous de vérifier ou de contrôler leur fiabilité?
    Si vous n’envisagez pas d’utiliser l’IA, quel niveau d’assurance ou de garantie souhaiteriez-vous obtenir avant de faire confiance aux résultats d’une IA ?
  4. Prise de décision
    Si l’IA fait partie de votre processus, quelles décisions souhaitez-vous garder entièrement sous votre contrôle?
    Si vous choisissez de ne pas utiliser l’IA, quels types de décisions vous semblent trop importantes pour être déléguées à une machine ?
  5. Propriété
    Si vous prévoyez utiliser l’IA, comment comptez-vous clarifier quelles parties du travail vous appartiennent et lesquelles appartiennent à l’outil?
    Si vous ne comptez pas utiliser l’IA, comment définirez-vous la propriété de votre travail dès le départ?
  6. Valeur ajoutée humaine
    Si vous vous préparez à utiliser l’IA, quelles contributions humaines uniques (empathie, hiérarchisation des priorités, clarté, connaissance du public) espérerez-vous ajouter au-delà des résultats fournis par l’outil?
    Si vous ne prévoyez pas utiliser l’IA, comment comptez-vous vous appuyer sur votre propre point de vue pour apporter une valeur ajoutée?
  7. Biais, correction et apprentissage
    Si vous utilisez l’IA, quels biais ou lacunes potentiels anticipez-vous et prévoyez-vous corriger?
    Si vous n’avez pas l’intention d’utiliser l’IA, quelles leçons ou principes appliquerez-vous pour guider votre approche dans vos travaux futurs?

En contexte d’évaluation sommative (démontrer sa pratique professionnelle)

Vers la fin de la session, lorsque les élèves réalisent des projets majeurs ou des travaux de fin d’études, les 7 mêmes questions réapparaissent, mais sous un angle différent. Au lieu de « Dois-je utiliser l’IA? », la question devient « Comment l’ai-je utilisée (ou non) et qu’est-ce que cela révèle sur ma pratique professionnelle? ».

Les étudiants et les étudiantes ont à nouveau le pouvoir d’agir. Ils et elles peuvent:

  • intégrer pleinement l’IA, en montrant comment ils et elles l’ont utilisée de manière responsable, en vérifiant les résultats et en ajoutant une valeur humaine unique
  • travailler sans utiliser l’IA, tout en réfléchissant à la raison pour laquelle ce choix correspond à leur identité professionnelle et à la manière dont ils et elles pourraient interagir différemment avec l’IA dans un cadre professionnel

Les 7 questions récapitulatives RÉAGI dans un contexte d’évaluation sommative (pratique professionnelle)

  1. Objectif et justification
    En repensant au travail que vous avez accompli, expliquez pourquoi vous avez choisi d’utiliser l’IA ou pourquoi vous avez choisi de ne pas le faire. En quoi cette décision correspond-elle à vos objectifs, vos valeurs ou vos responsabilités professionnelles?
  2. Conception des requêtes
    Si vous avez utilisé l’IA, décrivez les requêtes ou les instructions que vous avez fournies. Comment avez-vous vérifié que vos requêtes étaient claires, éthiques et conformes à vos objectifs?
    Si vous n’avez pas utilisé l’IA, expliquez quelles considérations ou quels risques ont influencé ce choix et comment vous avez structuré votre propre processus à la place.
  3. Évaluation des résultats
    Si l’IA a contribué à votre travail, expliquez comment vous avez vérifié, modifié ou amélioré vos résultats. Quels changements avez-vous apportés et pourquoi?
    Si vous n’avez pas utilisé l’IA, expliquez comment vous avez garanti l’exactitude et la fiabilité de vos recherches, analyses ou processus créatifs.
  4. Prise de décision
    Identifiez les décisions clés que vous avez prises. Comment avez-vous trouvé un équilibre entre l’automatisation de certaines tâches et le jugement critique?
    Si vous avez choisi de ne pas utiliser l’IA, quels moments de votre processus vous ont conforté dans l’idée que certaines décisions devaient rester entièrement humaines?
  5. Propriété
    Précisez quelles parties de votre travail final ont été générées ou assistées par l’IA et quelles parties sont entièrement les vôtres. Comment avez-vous préservé votre propriété intellectuelle tout au long du projet?
    Si vous n’avez pas utilisé l’IA, expliquez comment vous avez protégé votre propriété intellectuelle et préservé l’intégrité académique du début à la fin.
  6. Valeur ajoutée humaine
    Mettez de l’avant les contributions humaines spécifiques qui ont façonné votre résultat final: votre analyse, votre créativité, votre empathie ou votre compréhension du contexte.
    Si vous n’avez pas utilisé l’IA, décrivez comment votre intuition personnelle ou votre perspective unique ont renforcé votre travail et contribué à son originalité.
  7. Biais, correction et apprentissage professionnel
    Réfléchissez à ce que vous avez découvert en utilisant (ou en n’utilisant pas) l’IA. Quels biais, hypothèses ou lacunes avez-vous rencontrés et comment les avez-vous traités? Quels enseignements tirés de cette expérience guideront votre future pratique professionnelle dans le cadre de votre travail avec ou sans outils d’IA?

Le gabarit du cadre de référence RÉAGI [docx] inclut une grille d’évaluation détaillée.

Ce que les étudiants disent de l’approche RÉAGI (d’après leurs réflexions en classe)

Voici des citations anonymisées et représentatives, fournies avec l’autorisation des élèves. Comme peu d’élèves ont choisi de ne pas utiliser l’IA, nous avons un nombre plus limité de commentaires à partager.

Citations d’une personne étudiante qui n’utiliserait pas l’IA

Si nous n’utilisions pas l’IA, c’est parce que l’analyse d’un marché est une tâche qui relève du jugement humain… nous ne voulons pas qu’un outil nous fournisse des informations « pertinentes » qui pourraient induire notre entreprise en erreur.

Citations de personnes étudiantes qui utiliseraient l’IA

Si j’utilisais l’IA, je chercherais à gagner du temps et à organiser efficacement mes idées.

Si j’utilisais l’IA… je l’appliquerais pour analyser plus efficacement les tendances de la chaîne d’approvisionnement dans le domaine de la santé.

Nous avons décidé d’utiliser l’IA pour corriger et vérifier afin d’éliminer les erreurs humaines.

J’utiliserais l’IA car elle permet d’analyser une grande quantité de données afin de prédire les coûts futurs lors de la planification financière.

Si je prévoyais utiliser l’IA, je fournirais un contexte détaillé, préciserais les contraintes et exigerais des citations et des limites claires pour le contenu acceptable.

Potentiel pour les enseignants et les enseignantes

Pour les personnes enseignantes, adopter RÉAGI ne consiste pas tant à suivre un modèle qu’à participer à une conversation :

  • Comment enseigner la responsabilité dans un contexte positif ?
  • Comment concevoir des expériences d’apprentissage qui respectent la vie privée, le consentement et la créativité?
  • Comment préparer les élèves à faire des choix éthiques dans des contextes réels, et pas seulement en théorie?

Chaque enseignant ou enseignante trouvera une manière différente de répondre à ces questions, en fonction de sa discipline et de ses cours. RÉAGI a été conçu précisément pour cette diversité. Il s’agit d’un cadre d’exploration, ouvert à l’adaptation et capable de s’intégrer à n’importe quel style pédagogique dans n’importe quelle discipline

Nous avons observé que, lorsque nos élèves s’intéressent à ces 7 questions quelque chose d’important se produit: ils et elles commencent à se considérer comme des personnes professionnelles en formation, et non plus seulement comme des personnes apprenantes qui accomplissent une tâche précise. Les élèves s’entraînent à être responsables, à faire preuve de transparence et à réfléchir. Ils et elles adoptent les traits de caractère que l’enseignement supérieur s’efforce de développer!

Si l’objectif de l’éducation ne se limite pas à transmettre des connaissances, mais aussi à former le jugement, alors des cadres de référence, tels que RÉAGI, nous rappellent que notre travail ne consiste pas à fournir toutes les réponses, mais à aider les élèves à apprendre à poser de meilleures questions et à le faire de manière responsable, en partenariat avec les technologies qui définiront leur monde.

Un collègue du Collège Champlain Saint-Lambert, Stéphane Paquet, enrichit d’ailleurs notre écosystème pédagogique en développant des banques de requêtes pour l’IA spécialement adaptées à l’enseignement collégial [en anglais]. Grâce à ce travail, il devient plus simple pour nous de bâtir des activités d’apprentissage qui restent pleinement cohérentes avec l’esprit et la structure de RÉAGI.

Quand l’IA prend le dessus: rencontre de validation

Si un travail ne semble pas refléter le raisonnement d’un étudiant ou d’une étudiante, ou ne correspond pas à ce qu’il ou elle démontre normalement en classe, et que le ton des réponses aux 7 questions RÉAGI paraît généré plutôt que réfléchi, une courte rencontre de validation de 10 minutes est une pratique légitime. La possibilité d’une telle rencontre de validation doit être annoncée au plan de cours et présentée comme un soutien à l’apprentissage, non comme une sanction. La transparence ajuste les attentes, réduit l’anxiété et entretient un climat positif, centré sur l’apprentissage. On invite l’élève en expliquant l’objectif: confirmer la compréhension du sujet et l’aspect personnel de la démarche.

La conversation reste simple, autour de 2 questions rapides:

  • Comment avez-vous vérifié les faits, vos sources, leur originalité, le respect des règles et de la confidentialité, etc.?
  • Qu’est-ce qui est à vous (vos mots, vos décisions, ce que vous avez réellement modifié ou ajouté)?

À l’issue de l’entretien, on fournit une rétroaction concise. Si la compréhension est claire, la note est confirmée; sinon, on demande de reprendre le travail afin d’approfondir les connaissances, dans le format le plus pertinent (par exemple, reprendre la réflexion RÉAGI en voie «avec IA» annotée ou en voie «sans IA», renforcer les vérifications et les références, ou présenter brièvement la démarche à l’oral).

L’intention demeure toujours la même: recentrer l’activité sur l’apprentissage et l’approfondissement des connaissances.

Potentiel pour le travail et la vie réelle

RÉAGI est déjà appliqué au Collège Champlain Saint-Lambert (volet régulier, de jour, à temps plein) et à l’Université York dans le cadre de cours offerts à des élèves en formation continue pour guider les décisions réelles dans les cours, les devoirs et les processus d’évaluation des enseignants et des enseignantes.

Au-delà de la salle de classe, RÉAGI s’applique naturellement dans le quotidien du monde des affaires. Par exemple, les équipes de gestion des ressources humaines peuvent utiliser RÉAGI pour:

  • structurer les évaluations trimestrielles et annuelles
  • calibrer les attentes
  • documenter la manière dont les preuves sont recueillies et vérifiées

Tout le monde peut l’utiliser comme un modèle mental simple pour décider quand et comment intégrer l’IA dans ses tâches quotidiennes. En bref, nous prévoyons offrir de multiples applications concrètes dans les domaines de l’éducation et du travail.

Grande nouvelle pour 2026

Nous allons certainement utiliser RÉAGI tout au long de 2025-2026. D’ailleurs, au moment de la publication, le Collège Champlain Saint-Lambert a annoncé pour 2026 le lancement du 1er en Administration des affaires au Québec qui intègre pleinement l’IA aux affaires.

Conclusion: partageons nos pratiques

Si le cadre RÉAGI vous semble utile dans vos cours, dans votre programme, utilisez-le! Adaptez-le à vos besoins s’il le faut. Et donnez-nous en des nouvelles!

Nous avons rédigé ce texte comme une invitation, non comme une obligation. Si vous êtes enseignant ou enseignante, responsable de programme ou administrateur ou administratrice et que vous explorez l’IA dans vos cours, nous serions ravis d’échanger avec vous. Partagez vos propres méthodes et idées pour enseigner avec ou sans IA. Si vous prévoyez essayer le cadre RÉAGI, ou si vous l’avez déjà utilisée, dites-nous ce que vous avez fait et ce que vous avez observé. Contactez-nous!

À propos des auteurs

Thomas Hormaza Dow

Après plusieurs années d’expérience en marketing et gestion de projets avec des grandes marques, Thomas Hormaza Dow est maintenant un éducateur québécois spécialisé en affaires. Il enseigne le marketing et la gestion au Collège Champlain Saint-Lambert. Il est passionné par les technologies émergentes et leur impact sur le monde des affaires.

Morris Nassi

Morris Nassi possède plusieurs années d’expérience dans l’enseignement des cours en affaires et en systèmes d’information, ainsi qu’une solide expérience en technologie et en affaires. Il est actuellement professeur à temps plein au département d’administration des affaires du Collège Champlain Saint-Lambert.

S’abonner
Notification pour
guest

0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires