Les élèves d’arts doivent imaginer une œuvre sculpturale interactive intégrant des sons, des images numériques ou du mouvement. Les élèves d’informatique doivent alors programmer et monter les composantes électroniques requises pour concrétiser la vision des artistes. Cela implique des échanges entre les 2 parties afin de fixer des objectifs atteignables et de concevoir un plan de travail réaliste. Les élèves d’informatique expliquent aux artistes ce qu’il est possible de faire. Tout le monde travaille également à résoudre des problèmes pratiques, comme la dissimulation et la connexion des composantes électroniques dans l’œuvre finale.
Nous accompagnons évidemment les équipes, tout comme les techniciens de nos départements. Par exemple, une étudiante d’arts peut avoir l’idée de faire bouger une pièce de son œuvre et ses coéquipiers d’informatique peuvent juger le projet possible, car ils savent comment utiliser un Raspberry Pi pour contrôler un moteur. Mais les tout petits moteurs dont nous disposons ne peuvent faire bouger que des pièces très légères (du moins, si on ne veut pas les briser!). C’est donc nous qui devons relever le problème et, si possible, proposer une solution de remplacement (fabriquer une pièce en carton plutôt qu’en bois, par exemple).
Les cours se déroulent dans l’atelier de menuiserie du programme d’Arts visuels.
Mini projet
Le mini projet (prototypage) s’est déroulé sur 2 semaines. Pendant une 1re séance de 3 h, les élèves ont conceptualisé leur projet en équipe. Puis, ils et elles y ont travaillé à l’extérieur des heures de cours pendant la semaine. La semaine suivante, les équipes ont présenté leurs projets au reste de la classe. Elles devaient montrer:
- une maquette de l’œuvre à créer
- des croquis (ou des plans en 3D)
- une liste du matériel nécessaire
- un échéancier pour le projet principal

Page titre du cahier de recherche de d’une équipe d’étudiantes pour la présentation de leur projet Fleur de tournesol

Croquis réalisé pour le projet Fleur de tournesol

Schéma du projet Fleur de tournesol

Le prototype du projet Fleur de tournesol en cours de réalisation (pour le mini projet)

Échéancier du projet Fleur de tournesol

Photo de l’œuvre Fleur de tournesol prise lors de l’exposition finale
Pour les 2 groupes d’élèves, l’exercice de présentation du projet permet l’acquisition d’habiletés bien utiles pour le marché du travail.
Projet principal
Le projet principal, lui, s’est déroulé sur 5 semaines.
Tout au long du projet, les élèves d’arts devaient documenter leur travail par des photos et des informations consignées dans le cahier de recherche utilisé pour le mini projet.
Des prototypes de robots de combat
Une œuvre constituée de deux robots en plein combat
Le projet a culminé par une exposition au collège.
Nous avons évalué nos élèves respectifs avec des grilles d’évaluation propres à chacun de nos cours. (Nous avons aussi fait en sorte que les objectifs du projet cadrent avec ceux de nos 2 cours.)

La grille de correction de Stéphanie. (Stéphanie a utilisé la même méthode d’évaluation que celle qu’elle a présenté dans un récit précédent.)
Retombées du projet pour les élèves
Pendant toute la session, l’ambiance de travail a été excellente: nos étudiantes et nos étudiants sont heureux et engagés. Les élèves d’arts se sentent valorisés et les élèves d’informatique sont motivés de travailler sur un projet authentique.
Comme les projets se sont déroulés sur plusieurs semaines, les coéquipiers et coéquipières ont développé une excellente complicité qui les incitait à s’engager et à prendre au sérieux leur rôle dans ce travail commun. Les étudiantes et les étudiants ont en général été très assidus et respectueux du temps de leurs coéquipiers et coéquipières.
En Techniques de l’informatique
Pour les élèves en informatique, la collaboration avec des élèves d’arts pour concrétiser leur projet de création est représentative de la réalité du marché du travail, qui amène souvent les techniciens et techniciennes en informatique à travailler pour des personnes issues d’autres domaines (pour développer une application, par exemple).
Ainsi, les techniciens et techniciennes en informatique doivent apprendre à traduire dans leur langage des demandes formulées par des personnes qui ont une perspective différente. Et inversement, ils et elles doivent également vulgariser et expliquer ce qu’ils et elles sont capables de faire à des personnes non initiées.
Le projet de collaboration avec les élèves d’arts est une rare occasion de développer ces habiletés interdisciplinaires.
Pour vrai, ce fut une expérience enrichissante, j’ai appris…
- à mieux travailler en équipe
- une nouvelle manière de voir le programme d’étude en informatique
- comment jumeler mon programme en arts visuels avec celui d’informatique
—Harrison Iboko-Wembo, étudiant en arts visuels
Dans les projets réalisés en classe habituellement, c’est l’enseignant ou l’enseignante qui donne les consignes, et cette personne parle le même langage que les élèves. Pour notre projet, ce n’est pas Olivier qui décrit le besoin; c’est l’élève d’art qui a une vision, la communique aux élèves d’informatique et leur demande de l’aide.
En arts visuels
Si la collaboration interdisciplinaire liée à notre projet est représentative de ce qui attend les élèves de Techniques de l’informatique sur le marché du travail, elle l’est également pour les élèves d’arts visuels. En effet, pour un ou une artiste, il est possible de faire appel à des techniciens ou techniciennes spécialisés en dehors du champ artistique pour réaliser certaines parties d’un projet. Or, c’est quelque chose qu’on expérimente rarement pendant les études.
Témoignage de Jean-Alexandre Asselin et Jacob Dupont, étudiants en arts visuels
De plus, tout comme les élèves d’informatique ont appris à vulgariser leurs connaissances pour communiquer avec les élèves d’arts et explorer les possibilités techniques, les élèves d’arts ont dû faire de même pour présenter leur vision artistique à leurs coéquipiers et coéquipières.
Trop de marge de manœuvre?
La nature authentique du projet fait en sorte que les «consignes» sont plus floues que dans les projets traditionnels. Cela demande de l’adaptation de la part de tout le monde.
La grande latitude offerte aux élèves comporte des aspects positifs indéniables (laisser les élèves explorer, les laisser s’engager dans un projet de recherche et de développement). Cependant, cela a aussi entraîné des difficultés qui n’étaient ni informatiques ni artistiques. Par exemple: comment utiliser des engrenages pour faire en sorte qu’un moteur tourne à une vitesse spécifique; comment souder des pièces, etc.
De plus, la quasi-absence de contraintes a amené certaines équipes à être très ambitieuses, mais sans parvenir à atteindre tous leurs objectifs.
L’an prochain, nous imposerons un peu plus de contraintes (matérielles, informatiques, mécaniques) aux élèves, pour limiter les imprévus et les problèmes de mise en place et d’assemblage. Cela évitera également que certaines équipes visent trop haut et ne finissent déçues . Par exemple, certaines composantes informatiques étaient fragiles et se brisaient après quelques essais. Quelques équipes ont donc été déçues le jour de la présentation, car leur projet avait cessé de fonctionner juste avant (Heureusement, elles avaient filmé le processus de réalisation.) Cette année, nous avons rappelé aux élèves que dans le contexte d’un projet de recherche et de développement comme celui-là, les apprentissages sont plus importants que le produit fini.
Certaines fonctionnalités n’ont pas pu être mises en œuvre, pour des raisons parfois hors du contrôle des élèves (un fil qui casse à la toute dernière minute, par exemple). Certaines équipes ont trimé jusqu’à la toute dernière minute, peaufinant leur code jusqu’à l’arrivée des visiteurs et visiteuses, pour que leur œuvre puisse se déployer lors de l’exposition telle qu’elle avait été imaginée. Mais les difficultés ou les quelques ratés qui ont pu être légèrement frustrants n’ont pas empêché les élèves d’apprécier globalement leur expérience… et d’apprendre!
Pour augmenter la faisabilité des travaux des équipes, l’an prochain, en plus de définir certaines limites pour le projet final, nous pensons proposer plus d’un mini projet aux élèves. Ces minis projets les amèneront à explorer quelques aspects spécifiques (bien définis) de ce qu’ils et elles pourront réinvestir ensuite dans un grand projet plus ouvert. Les élèves comprendront mieux comment se diriger et devront faire des choix efficaces.
Notre projet a fait jaillir des qualités humaines chez les 2 groupes d’élèves. Nous remercions notre établissement pour son soutien et espérons vivement poursuivre (et améliorer) notre projet dans les années à venir!