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Pour mon cours Incrustation photoréaliste, offert à la 3e session aux étudiants et étudiantes du DEC en Animation 3D et synthèse d’images, j’ai complètement renouvelé mon enseignement l’automne dernier (2021). Maintenant, chaque étudiant travaille de façon autonome et contrôle lui-même le rythme de ses apprentissages. Pour ce faire, j’ai divisé le cours en une série d’ateliers constitués d’activités d’apprentissage autoportantes.

Structure du cours et description de l’approche pédagogique

Les ateliers

Pour chaque atelier, l’étudiant doit regarder une série de courtes vidéos que j’ai enregistrées en utilisant OBS studio et faire des exercices. Quand il sent qu’il maîtrise le contenu, l’étudiant réalise une activité de certification, soit un travail pratique (par exemple, incruster une image réelle ou une image de synthèse sur un arrière-plan, en ajoutant des ombres réalistes).

L’image qui sert de base à l’un des travaux de certification

Les consignes de l’un des travaux de certification

L’image produite par une étudiante dans le cadre d’un travail de certification

Des ressources liées à l’un des travaux de certification

Je rencontre ensuite l’étudiant afin qu’il me présente son travail de certification. Si le travail correspond aux attentes (clairement communiquées à l’étudiant), j’accorde la certification à l’étudiant. Sinon, je lui demande de peaufiner, corriger ou recommencer le travail pour faire mieux. Je ne donne pas une note à l’étudiant: c’est un système «réussite» ou «échec». L’étudiant qui réussit se voit attribuer des points d’expérience dans Moodle, à l’aide du module «Progressez! plus» (la version payante du module «Progressez!»). Cet élément inspiré des jeux vidéos ludifie l’expérience d’apprentissage.

1re vue du module «Progressez! plus», dans l’interface de l’enseignant

2e vue du module «Progressez! plus», dans l’interface de l’enseignant

Une fois sa compétence certifiée, l’étudiant est assuré d’avoir la note de 60% pour ce critère d’évaluation. S’il le désire, il peut faire un autre atelier sur le même sujet pour approfondir ses connaissances et augmenter sa compétence en voyant des notions plus avancées. Cela permet d’amener l’étudiant à un « échelon » supérieur. Il y a, en général, 5 échelons pour chaque critère. L’étudiant qui réussit la certification du 2e échelon aura une note de 80% pour ce critère, celui qui réussit le 3e échelon aura 90%, etc.

Mais, au lieu de poursuivre au 2e échelon après une certification, l’étudiant peut également choisir de s’attaquer à un autre critère, qui s’enchaîne de façon logique avec celui qu’il vient de réussir. En effet, quand un étudiant obtient une certification, je débloque pour lui d’autres ateliers dans Moodle.

Chaque atelier est assez court en tant que tel. Au total, un atelier prend entre 15 minutes et 2 heures à réaliser.

Il y a en tout 28 critères dans le cours. Les étudiants doivent minimalement atteindre l’échelon 1 pour chacun de ces critères pour obtenir la note de passage pour le cours.

Au début de la session, il y a 10 points d’entrée dans le cours: chaque étudiant choisit, parmi les 10 ateliers, celui qui l’attire le plus. Chaque étudiant complètera donc les apprentissages dans un ordre différent, en approfondissant les notions qu’il désire selon son intérêt et sa motivation à parfaire ses compétences.

Les projets

Une fois que l’étudiant a réussi certaines combinaisons d’ateliers, ça lui donne la possibilité de réaliser un projet.

Pour réaliser un projet, l’étudiant doit choisir un mandat dans une banque que j’ai balisée. Par exemple: incruster une image de synthèse ou une image réelle dans un arrière-plan donné. L’élève me montre ensuite sa production, mais ce n’est pas celle-ci que j’évalue en tant que telle. C’est plutôt l’analyse que fait l’étudiant de son travail (ou la présentation elle-même) qui est évaluée. Pour cela, je rencontre individuellement chaque étudiant pour discuter, comme lors de l’octroi des certifications associées à chacun des échelons des différents critères. L’étudiant me présente son projet. Souvent, des étudiants viennent me voir en ouvrant leur ordinateur à la page qui liste les attentes pour l’évaluation du projet. Ainsi, ils s’assurent de ne rien oublier en me parlant des différentes facettes de leur projet!

Je demande aux étudiants de réaliser minimalement 1 projet pendant la session, mais ils peuvent en faire davantage s’ils le désirent.

Des pingouins dessinés en 3D sont incrustés un peu partout dans une photo prise dans une ruelle de Limoilou

Production d’une étudiante dans le cadre d’un projet

Autonomie des étudiants

Les élèves peuvent faire leurs travaux en classe ou hors de la classe. Pour obtenir leur certification, ils doivent me parler. Il m’est arrivé de rencontrer sur Teams certaines personnes qui ne pouvaient pas être présentes en classe lors d’une séance donnée. Toutefois, la très grande majorité des étudiants et des étudiantes viennent en classe à tous les cours.

En classe, les étudiants et les étudiantes peuvent s’entraider. Chacun fait les ateliers à son rythme et dans un ordre différent (même si certains choisissent de «se suivre» pour s’entraider). Néanmoins, quand un étudiant fait le travail lié à une certification, il peut voir les noms de ceux et celles qui l’ont déjà obtenue (grâce à une option du module « Devoir » de Moodle). Il sait ainsi qui aller voir pour obtenir de l’aide, si je ne suis pas disponible ou s’ils travaillent en dehors des heures de cours!

Un changement de paradigme: de dispensateur du savoir à coach

Cette nouvelle approche a changé énormément de choses dans mes tâches d’enseignant.

D’abord, puisque chaque atelier est autoportant et que, à chaque instant, les élèves travaillent tous (ou presque) sur des notions différentes, je ne parle presque plus à l’avant de la classe. J’accueille les étudiants au début des cours en leur souhaitant la bienvenue, mais c’est à peu près tout.

Pendant les cours, les étudiants lèvent la main quand ils veulent me rencontrer pour obtenir une certification ou quand ils ont des questions. Je les ai informés que, au besoin, j’allais prioriser de répondre aux questions plutôt que de faire les rencontres pour les certifications, pour éviter de retarder le travail des étudiants « bloqués ». Toutefois, en général, quand je me libère pour répondre à la question d’un étudiant qui avait la main levée, il a déjà trouvé la réponse: soit par lui-même, soit en consultant un collègue. Je trouve que la formule pédagogique soutient beaucoup (et efficacement) le développement de l’autonomie chez les étudiants.

Puisque toutes les évaluations se font en discutant avec les étudiants pendant les cours, en dehors des cours, le temps que je consacre à la correction est pratiquement nul. Je prends quelques minutes chaque semaine pour produire des fiches qui permettent à chaque élève d’avoir une vue d’ensemble de sa progression (voir l’ensemble des critères du cours et les échelons qu’il a atteints, ainsi que la note globale qu’il a accumulée jusqu’à maintenant). Cela se fait rapidement en extrayant les informations de Moodle.

Toutefois, concevoir tous les ateliers a évidemment représenté une charge de travail énorme. (Même si ma méthode d’enregistrement de capsules vidéos est très efficace.) D’ailleurs, je n’ai pas terminé: les étudiants de l’automne 2021 n’ont pas eu accès à 5 échelons pour chacun des critères (dans certains cas, il y en avait 3 ou 4). (J’ai ajusté les notes en conséquence.) J’espère terminer l’automne prochain.

Le développement des outils de suivi des étudiants (les grilles de correction et les outils pour extraire les informations de Moodle) a demandé beaucoup de travail également.

En amont, le développement de l’arborescence des ateliers du cours a obligé une longue et profonde réflexion. J’ai pris beaucoup de temps pour m’assurer que les ateliers pourraient s’enchaîner dans un ordre cohérent pédagogiquement, même si l’étudiant pouvait faire des choix.

Bref, ma nouvelle approche a été associée à un véritable changement de ma posture d’enseignant. Ça a été insécurisant, mais j’adore le résultat! L’ambiance dans la classe est super! Les étudiants apprennent efficacement et d’une façon agréable pour eux… Je suis enchanté!

Perception des étudiants

Un sondage réalisé auprès des étudiants a permis de constater que 100% d’entre eux trouvent que le rythme du cours n’est ni trop lent, ni trop rapide. Aussi,100% d’entre eux trouvent que le contenu du cours est suffisamment riche. On peut donc dire que 100% des étudiants trouvent que le cours est parfaitement adapté à leur réalité (niveau, intérêt, difficulté)!

Les étudiants ont le contrôle sur le rythme de leurs apprentissages. Quand ils comprennent bien une notion, ils font l’atelier rapidement. Quand c’est plus difficile, ils prennent le temps qu’il faut. Ils peuvent réécouter des vidéos plusieurs fois au besoin. Certains étudiants ont dû reprendre un atelier plusieurs fois! Mais à la fin, ils ont réussi. Aucun étudiant ne « reste sur un échec ». Le cours leur accorde le droit à l’erreur, tout en leur demandant de réaliser parfaitement la production de leur atelier. Les difficultés sont là et les attentes sont élevées, mais ce n’est pas associé à un stress excessif.

La stratégie de différenciation pédagogique utilisée dans ce cours tient compte du niveau personnel de compétence de chaque étudiant à l’entrée du cours, de sa vitesse d’apprentissage et de son niveau de motivation. Certains étudiants qui sont moins intéressés par le sujet du cours, moins motivés, se contentent de faire le minimum. C’est correct: ils apprennent quand même l’essentiel!

La plupart, par contre, sont allés plus loin. Ils ont raffiné leurs compétences au sujet des notions qui les intéressaient le plus. La moyenne du groupe était de 84%, à la fin de la session. Deux étudiantes ont eu 100%: ils ont fait tous les ateliers possibles et ont obtenu toutes les certifications.

Ça vous intéresse?

J’ai un collègue, enthousiasmé par mon approche, qui a voulu l’exploiter lui aussi dans l’un de ses cours cette session-ci (hiver 2022). Cependant, puisque c’était un cours entièrement nouveau (nous avons renouvelé mon programme récemment), il n’avait, contrairement à moi, aucun matériel sur lequel s’appuyer. En conséquence, il n’a pas pu aller aussi loin que moi. Et bien, ça fonctionne quand même! Il semble grandement apprécier l’expérience.

Si vous êtes intéressé par l’approche, vous pouvez commencer par l’intégrer pour une portion de votre cours, afin que le travail de préparation associé à tout cela soit plus raisonnable. Écrivez-moi dans la zone de commentaires si vous osez aller de l’avant avec cette approche!

À propos de l'auteur

Guy Cantin

Guy Cantin est enseignant en 3D au Cégep Limoilou depuis 2002.   Il a reçu le prix « Trainer of the Year in media and entertainment » d’Autodesk en 2006, ce qui lui a permis d’être embauché comme conseiller technique dans le développement du programme Animation 3D et synthèse d’images, dans lequel il enseigne depuis 2007.  Il participe présentement, à titre de spécialiste de l’enseignement de la 3D, à la révision du programme au ministère de l’Enseignement supérieur.  Il s’intéresse particulièrement aux stratégies de différenciation pédagogique des apprentissages.

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4 Commentaires
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Catherine Loiselle
Catherine Loiselle
6 avril 2022 13h06

Wow! Belle approche! Cela me rappelle mon cheminement à l’école secondaire Georges-Vanier à Laval, où chaque élève va à son rythme, et doit obtenir des attestations (certifications) à la fin de chaque module d’apprentissage…

Martine
Martine
7 avril 2022 9h24

Bonjour,
je trouve cette approche très intéressante. J’aimerais discuter avec vous du scénario pédagogique.

Guy Cantin
Guy Cantin
7 avril 2022 19h33
Répondre à  Martine

Bonjour Martine,
je vais communiquer avec vous par courriel pour arranger une discussion.

Martine
Martine
16 mai 2022 4h07
Répondre à  Guy Cantin

Merci Guy. J’aimerais continuer à communiquer avec vous mais je ne suis pas sûre que mes messages vous parviennent.