Un peu d’histoire…
Les Jardins du Cégep Vanier [en anglais] ont été créés en 2008 par Evelynne Barten [en anglais]. Au départ, ils étaient composés de quelques zones autour du campus entretenues par Evelynne et ses élèves en Techniques de bioécologie.
En 2014, Alena Perout, alors enseignante de géographie et aujourd’hui directrice adjointe de la Faculté des arts, des affaires et des sciences sociales et responsable de la mobilité internationale au Cégep Vanier, a dirigé l’inauguration officielle des Jardins [en anglais] en compagnie de Richard Dugas, alors responsable du développement durable. À l’époque, les Jardins étaient une petite zone située devant le collège que le personnel enseignant et les élèves entretenaient bénévolement. Ce projet visait à initier à l’agriculture urbaine une population étudiante cosmopolite, dont plusieurs membres venaient de milieux à faible revenu qui n’avaient pas accès à la terre.
Myriam Mansour, enseignante de géographie et figure clé des Jardins du Cégep Vanier, s’est jointe au projet en 2015. Elle a reçu un soutien institutionnel en 2016, puis a obtenu une subvention d’Emplois d’été Canada pour embaucher un étudiant ou une étudiante pour s’occuper des Jardins durant l’été. Aujourd’hui, le projet offre un emploi rémunéré à au moins 2 élèves chaque été grâce à Emplois d’été Canada. C’est également une excellente occasion pour les élèves de faire du bénévolat sur le campus, puisque les Jardins s’appuient sur un bassin de bénévoles [en anglais] pour leur entretien pendant l’année scolaire. Sous la direction de Myriam, les Jardins ont commencé à accueillir des cours de géographie, d’anglais, de français et de Humanities, entre autres, afin de faire connaître le projet et d’initier les étudiantes et les étudiants aux concepts d’agriculture urbaine et de développement durable.
En 2017, les Jardins ont été relocalisés [en anglais]. La même année, 3 enseignantes et une conseillère pédagogique ont reçu une subvention de l’Entente Canada-Québec (ECQ) pour le projet des Jardins communautaires collectifs Vanier [en anglais]. Le but du projet était de créer des espaces de socialisation inclusifs par l’entremise d’activités et d’ateliers liés au jardinage. Grâce à ce projet, une pergola a été installée dans les Jardins pendant l’été 2019, les rendant ainsi plus conviviaux et créant par le fait même une classe extérieure.
Pendant ce temps, Mark Reynolds, notre expert en jardinage, en herboristerie et en permaculture, participait à des ateliers et à des projets pédagogiques au cégep. Son implication s’est progressivement accrue, menant à un contrat prolongé à l’été 2019.

Sous la pergola, des élèves écoutent des explications pour un atelier.
Conscientes du caractère exigeant du projet, Rosemarie Brodeur et Andrea Iftimie ont succédé à Myriam à titre de co-coordonnatrices des Jardins à l’automne 2019. L’équipe a continué d’explorer les opportunités d’élargir l’offre des Jardins. Saisissant l’occasion offerte par un projet de plantation de 50 arbres pour le 50e anniversaire du Cégep Vanier, l’équipe a ajouté 20 arbres fruitiers et arbres à noix sur le terrain avoisinant la pergola. Cela a conduit à l’introduction du concept de «forêt nourricière» dans les Jardins. En effet, des arbres fruitiers et d’autres espèces comestibles créent un écosystème inspiré de la permaculture. Pour financer ces développements, l’équipe a activement soumis des demandes de subventions et cela a joué un rôle crucial dans la croissance du projet.
À l’automne 2020, Isabelle Rivest est devenue co-coordonnatrice en remplacement d’Andrea Iftimie. La même année, les Jardins ont obtenu une subvention d’Arbres Canada. Cela a permis de planter des arbres et des arbustes supplémentaires dans la forêt nourricière. Le projet visait à créer un espace d’apprentissage expérientiel extérieur sur le campus.

Un groupe d’élèves travaille sur un projet d’histoire de l’art qui impliquait de peindre 15 nouvelles chaises Adirondack pour les Jardins, dans la forêt nourricière.
Conscients de la nécessité d’un soutien institutionnel accru pour assurer une croissance durable du projet, nous avons décidé de transformer officiellement les Jardins en un laboratoire d’apprentissage. Nous avons cherché à démontrer que l’apprentissage expérientiel, dans n’importe quel programme, pouvait avoir lieu dans des espaces extérieurs. Nous avons donc soumis une nouvelle demande de subvention ECQ.
Les Jardins avaient déjà servi de salle de classe extérieure, surtout pour des cours de la formation générale. Mark y a animé des ateliers portant sur l’agriculture urbaine, les méthodes traditionnelles de jardinage et la permaculture. Les élèves étaient activement engagés grâce aux différentes activités de jardinage.
Plusieurs enseignants et enseignantes ont commencé à intégrer des activités en lien avec les Jardins dans leurs cours, en mettant sur pied des projets comme:
- écrire un poème
- réfléchir au lien entre l’engagement parascolaire sur le campus et la réussite scolaire
- faire des recherches sur les plantes qu’on trouve dans les Jardins
Ces initiatives ont montré le potentiel des Jardins comme outil pédagogique et ont aidé à créer des liens entre les Jardins et différents domaines d’études.
Malgré des défis, dont les restrictions d’accès aux Jardins pendant la pandémie de COVID-19, nous avons cherché à rendre les Jardins plus accessibles. Ce nouveau projet ECQ visait à relever ces défis et à renforcer le soutien institutionnel à la mission éducative des Jardins.
Présentation vidéo des Jardins du Cégep Vanier
Fertiliser les Jardins avec de la pédagogie
Avant l’ECQ
Lorsque notre équipe a pris la relève à l’automne 2019, notre objectif était de moderniser les Jardins actuels pour y inclure de nouveaux espaces destinés à l’agriculture urbaine, à la production alimentaire et à l’éducation. Nous nous sommes fixé des objectifs, comme la construction d’un espace qui offrirait une foule de possibilités pédagogiques. Il nous a fallu 3 ans pour construire la forêt nourricière et intégrer la pergola dans l’espace des Jardins. Pendant ces travaux, nous donnions des cours et nous récoltions les commentaires de la part du personnel enseignant sur des besoins plus spécifiques concernant les activités se déroulant dans les Jardins. Par exemple, certaines personnes décrivaient leur cours à Mark et celui-ci, dans son rôle aux multiples facettes de technicien de laboratoire, jardinier et conseiller pédagogique, collaborait directement avec elles pour créer de nouvelles activités d’enseignement encourageant l’engagement actif des personnes participantes.
Après l’ECQ
Avec le financement de l’ECQ, notre objectif était de formaliser le processus d’intégration des cours dans les Jardins en l’alignant sur des compétences spécifiques. Notre objectif global était de faire en sorte que le plus grand nombre possible d’élèves découvre ce que les Jardins ont à offrir pendant leur passage au Cégep Vanier.
Pour y parvenir, nous avons mis en place un comité d’enseignants et d’enseignantes pour créer des activités liées aux Jardins. Ce projet d’une durée de 2 ans a impliqué, pendant la 1re année, une enseignante de Sciences humaines (Rosemarie Brodeur) et une enseignante de Sciences de la nature (Lissiene Neiva) qui ont développé des activités pour des cours d’introduction.
Rosemarie a conçu une activité à intégrer au cours Histoire du monde du XVe siècle à nos jours [Introduction to World History] dans le nouveau programme de Sciences humaines. Le but de l’activité était d’initier les élèves à l’échange colombien (aussi nommé grand échange) en mettant l’accent sur les échanges d’aliments et sur les impacts que cela a eus à travers le monde, en particulier sur les peuples autochtones qui vivaient autour de Montréal.
En parallèle, Lissiene a créé une activité de biologie, centrée sur l’écologie locale et adaptée à un cours d’initiation à la biologie. Dans cette activité, les élèves ont exploré les Jardins, examiné diverses espèces et récolté des données pour une utilisation ultérieure dans la création d’un réseau alimentaire.
Durant la 1re phase du projet, nous avons collaboré avec David Hoida, alors conseiller pédagogique et aujourd’hui coordonnateur du Bureau de soutien pédagogique et d’innovation [Pedagogical Support and Innovation office], pour peaufiner ces activités. Ensemble, nous avons créé des activités d’histoire et de biologie, que nous avons ensuite proposées à nos collègues respectifs. Notre intention était d’intégrer ces activités dans les plans-cadres, en nous alignant sur les révisions des programmes de Sciences humaines et de Sciences de la nature. Nous voulions que les élèves soient davantage exposés aux Jardins et faire en sorte que ces espaces aient un réel rôle dans la mission éducative du collège.
Après l’approbation des activités, elles ont été mises en œuvre dans les classes à la session d’hiver. Nous avons ensuite recueilli les commentaires des élèves et du personnel enseignant et avons apporté des ajustements mineurs pour améliorer l’expérience de tous et de toutes. Cette initiative de l’ECQ a surtout contribué à garantir un poste permanent à Mark.

Un groupe d’élèves étudie la biodiversité, les interactions entre les espèces, les réseaux alimentaires et la conception d’expériences scientifiques dans le cadre d’un cours de biologie.
Durant la 2e année, un enseignant et une enseignante supplémentaires ont rejoint le comité pour créer des activités pour les cours de niveau supérieur.
Nirmala Bains, du programme de Sciences humaines, a développé une activité pour le cours Enjeux actuels en anthropologie [Current Issues in Anthropology]. Au cours de cette activité, l’utilisation d’herbes sauvages pour des fins médicinales et comestibles a été explorée. Lors de promenades, les élèves ont appris à identifier et à utiliser ces plantes, créant ainsi une expérience sensorielle complète. Par exemple, l’une des activités créées inclut la préparation de pesto à partir de fleurs et de feuilles de pissenlit.
Stephan Bourget, du programme Sciences de la nature, a créé une activité pour le cours de physique Électricité et magnétisme, dans lequel les élèves devaient concevoir des expériences pour étudier la meilleure façon de produire un courant électrique à partir de différents types de terres provenant des Jardins.
Faire face à la pluie (ou à la neige!)
Pour faire face aux jours de pluie, Mark a exploré des plateformes de réalité virtuelle et des outils en ligne. Ces innovations nous ont permis de proposer des expériences de jardinage même par mauvais temps. Nous avons présenté cette version virtuelle lors du colloque de l’Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC) en 2023.
Une présentation interactive des Jardins du Cégep Vanier incluant du contenu de réalité virtuelle
Ainsi, lorsque les enseignants et les enseignantes prennent rendez-vous pour un cours [en anglais], nous ne les laissons pas tomber en cas de pluie. S’il pleut, nous communiquons avec elles ou eux et nous nous adaptons en conséquence. Par exemple, par temps variable, Mark peut commencer le cours à l’intérieur puis continuer à l’extérieur, à condition que les élèves soient habillés de manière appropriée pour les conditions météorologiques.
Nos activités sont planifiées selon les saisons. Pendant l’été, Mark est présent pour s’occuper des Jardins et former l’équipe d’été, financée par Emplois d’été Canada. En hiver, il prend des vacances. Il revient à la mi-février pour préparer la saison à venir, dont les cours en plein air qui reprennent en avril et au début du mois de mai. L’autre période intensive se situe entre la mi-août et le début novembre, puisqu’elle offre de meilleures conditions météorologiques et moins de conflits avec la période d’examens. De plus, nous organisons des ateliers, participons à des journées pédagogiques, organisons des événements et nous nous occupons de tâches administratives. Durant l’été, nous offrons toujours des cours, mais à plus petite échelle.
Pour l’activité dans le cours d’histoire à la session d’hiver, nous utilisons la réalité virtuelle. Cela garantit que, même par temps froid, les élèves peuvent profiter des Jardins.
Dans le cours de biologie, si les conditions extérieures sont défavorables, Mark fait un exposé magistral accompagné d’une vidéo. Il montre comment étudier différentes espèces de façon respectueuse. Les élèves ont ensuite la responsabilité de visiter les Jardins de façon autonome pour réaliser le reste du travail. Cette approche hybride offre une flexibilité dans la planification et garantit que les élèves bénéficient toujours de l’expérience des Jardins, même lorsque Mark n’est pas physiquement présent.