En Soins préhospitaliers d’urgence (SPU), les personnes étudiantes réalisent régulièrement des simulations d’intervention en équipe en dehors des heures de cours, sans la présence d’une personne enseignante. Or, ces pratiques autonomes risquent de ne pas être exploitées à leur plein potentiel s’il n’y a pas de rétroactions pertinentes à la suite de leur réalisation. C’est pour augmenter l’impact de ces séances de pratique autonome que j’ai décidé de faire l’enseignement explicite des bonnes pratiques de rétroaction.
Résultats: lorsqu’elles offrent de la rétroaction à leurs pairs, les personnes étudiantes sont plus enclines à s’autoévaluer à la suite de leur propre intervention. Leur engagement pendant les simulations est également augmenté. Elles portent également maintenant une attention particulière à la façon dont la rétroaction se déroule afin d’éviter de heurter émotionnellement les personnes qui la reçoivent. Enfin, elles perçoivent maintenant l’erreur de façon plus positive et nécessaire dans leur apprentissage.
Ce qui est génial, c’est que ça pourrait être utile dans à peu près n’importe quel cours de n’importe quel programme… Cela pourrait même être utile aux enseignants et aux enseignantes qui veulent améliorer leurs rétroactions!
La pratique autonome en SPU
«Pratiquez en dehors des heures de classe» est une suggestion que le département de SPU fait constamment aux personnes étudiantes. Dès le début de leur parcours dans le programme, elles sont amenées à se rendre dans les locaux de pratique quand elles n’ont pas de cours. On leur mentionne que les heures de travail à la maison associées au cours doivent être en partie réalisées dans les locaux de pratique de façon autonome. Ces locaux de pratique sont des salles de simulation dans lesquelles on trouve entre autres tout le matériel disponible dans une ambulance.
Plusieurs incitatifs sont présents pour que les personnes étudiantes pratiquent à l’extérieur des cours. Par exemple:
- l’accès aux locaux est facilité via un système de réservation informatisé
- les plages horaires disponibles sont nombreuses et incluent les fins de semaine
- etc.
Certains cours tels que les stages prescrivent même des heures de pratique autonome à réaliser tout au long de la session.
Les personnes étudiantes qui effectuent des pratiques autonomes se rejoignent donc en soirée ou la fin de semaine, le plus souvent en équipe de 3 ou 4. Ensemble, elles reproduisent certaines techniques ou simulations de scénarios réalisés précédemment lors des laboratoires encadrés par une personne enseignante. Une personne joue le rôle du patient ou de la patiente, 2 jouent les paramédics et la dernière adopte la posture d’«amie critique». L’amie critique observe l’intervention, s’assure du bon déroulement du scénario et surtout, offre de la rétroaction à ses collègues après l’intervention.
Avant mon projet d’innovation, à la fin d’une intervention, l’amie critique faisait un retour en quelques mots pendant que tout le monde remballait le matériel pour pouvoir réaliser une autre simulation. La rétroaction qu’elle faisait était généralement superficielle, voire absente. C’est compréhensible: les personnes étudiantes avaient auparavant peu d’outils pour offrir des rétroactions de qualité.
Mon projet de recherche
Je trouvais qu’il s’agissait là d’une occasion d’apprentissage manquée, pour les personnes étudiantes. J’ai donc entrepris un projet d’innovation pédagogique exploitant la démarche SoTL (Scholarship of Teaching and Learning), dans le cadre de la Maîtrise en pédagogie de l’enseignement supérieur au collégial de l’Université de Sherbrooke.
Mon projet, intitulé Établir les conditions gagnantes pour favoriser la rétroaction par les pairs, comment y parvenir?, vise à aider les personnes étudiantes à formuler des rétroactions efficaces leur permettant de dégager de réels apprentissages de leurs pratiques autonomes en laboratoire et ultimement, à rendre leur pratique autonome plus signifiante
Impact de la rétroaction
La rétroaction est l’information qu’on donne à une personne après l’avoir observée réaliser une tâche. Son but est d’aider la personne étudiante à améliorer sa performance (Carrefour FGA, 2018 [PDF]). Selon Hattie (2017), la rétroaction doit répondre à 3 questions:
- Où dois-je me rendre?
- Comment y arriver?
- Quelle est la prochaine étape?
Ainsi, dire à un élève qu’il a eu 7/10 ou que son travail est bien, ou passable n’est pas réellement une rétroaction efficace.
Qu’on soit un enseignant ou un élève qui offre de la rétroaction, il est souvent naturel de vouloir enrober ses critiques par des félicitations. Après une série de remarques portant sur des erreurs, on peut vouloir dire «Ne lâche pas, tu es super bonne!». Pourtant, ça peut être contreproductif: si l’étudiante ne retient que cette partie de la rétroaction, elle ne cherchera pas à apporter les améliorations qui sont nécessaires.
Il est donc important de faire la distinction entre «rétroactions» et «félicitations». Dire: «Tu es très bon!» ou «C’était super!», ce n’est pas une rétroaction efficace. Les félicitations diluent le message de la rétroaction et peuvent même engendrer une dépendance à celles-ci (Hattie, 2017).
Quand on a une série de critiques constructives à faire, le message est plus recevable quand on a déjà établi une relation de confiance et un climat dans lequel les erreurs sont acceptées comme faisant partie de l’apprentissage (Carrefour FGA, 2018 [PDF]).
Un guide pour aider les élèves à offrir des rétroactions efficaces
Pour aider les personnes étudiantes à formuler des rétroactions efficaces, j’ai créé un guide qui contient les éléments les plus importants relatifs à l’offre de rétroaction. Il regroupe entre autres des conseils sur la façon de faire et des suggestions de questions incitatives pour favoriser la rétroaction sous forme de discussion.