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2 septembre 2022

Compte-rendu de la conférence d’ouverture du colloque de l’AQPC 2022 — Recalculer notre créativité avec intégrité

Le 8 juin 2022, la créativité et l’intégrité ont été les thèmes phares de la conférence d’ouverture du 41e colloque de l’Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC), prononcée par Martine Peters.

Martine Peters est professeure au Département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec en Outaouais. Elle est également directrice du Groupe de recherche sur l’intégrité académique et du Partenariat universitaire sur la prévention du plagiat.

Voici certains éléments que j’ai retenus de cette conférence.

Une culture de l’intégrité intellectuelle

Promouvoir l’intégrité intellectuelle, c’est l’affaire de tous!

Pour Martine Peters, la prévention du plagiat passe par le développement d’une culture de l’intégrité. Lors de sa conférence, elle a encouragé les établissements à élever l’intégrité intellectuelle au rang de valeur institutionnelle.

Pour Martine Peters, il faut passer de la punition à la prévention en misant sur la promotion de l’intégrité plutôt que de sanctionner le plagiat et la tricherie. Chaque cégep devrait avoir un comité de promotion de l’intégrité intellectuelle et organiser des campagnes de sensibilisation, voire des activités comme une «Semaine de l’intégrité intellectuelle».

Si vous souhaitez organiser une campagne de sensibilisation dans votre collège, songez à utiliser le matériel mis à votre disposition par le réseau REPTIC et le REBICQ, matériel développé à partir d’affiches créées par le Cégep de Baie-Comeau.

Enseigner l’intégrité pour prévenir la tricherie et le plagiat

Pour prévenir la tricherie, il faut que les étudiants et les étudiantes aient envie de faire les travaux qu’on leur demande. S’ils comprennent que de faire le travail est la façon d’apprendre et que les compétences qu’ils développent sont importantes, ils seront moins portés à tricher. En ce sens, le développement d’une culture d’intégrité est essentiel pour que les élèves développent réellement les compétences attendues.

Martine Peters fait la suggestion suivante: dites à vos élèves d’imaginer qu’ils ont besoin d’une chirurgie. Ils ont le choix d’être opérés par un chirurgien qui a triché pendant tout son parcours scolaire ou par un chirurgien intègre. Pour lequel opteront-ils? La réponse est évidente, mais poser la question peut amener les élèves à réévaluer leurs pratiques.

Toutefois, même un étudiant qui souhaite être intègre risque de déroger aux règles s’il ne sait pas comment les respecter.

Selon Martine Peters, plusieurs élèves ne comprennent pas bien ce que sont les droits d’auteurs, ou même comment bien se servir du web. Plusieurs élèves croient que, lorsqu’ils paraphrasent, ils n’ont pas à citer leur source. Il faut leur enseigner les bonnes façons de faire. Il faut leur apprendre comment citer une source, voire comment utiliser un logiciel bibliographique, comme Zotero ou Endnote.

De plus, enseigner aux élèves quelles sont les conséquences du plagiat est une façon de le limiter.

Martine Peters est consciente que chaque enseignant ne peut pas enseigner cela dans tous ses cours, mais elle rappelle qu’une approche-programme peut être utile pour répartir l’enseignement des compétences informationnelles, rédactionnelles et de référencement documentaire au sein d’un programme.

Devenir passeur d’intégrité

Martine Peters a invité les enseignants et enseignantes à devenir des modèles pour leurs élèves, des «passeurs d’intégrité».

Parler d’intégrité permet d’affirmer nos valeurs en sensibilisant, en informant et en formant nos étudiantes et étudiants.

Être un modèle

Au-delà des paroles, être un passeur d’intégrité, c’est de respecter les droits d’auteurs nous-mêmes, par exemple en citant les sources des images que nous utilisons dans nos diaporamas ou nos notes de cours.

Réduire les tentations

Un passeur d’intégrité réduit les tentations:

  • ne pas réutiliser les mêmes énoncés de travaux d’année en année ni les mêmes questions d’examen
  • demander plusieurs petits travaux plutôt que de faire une seule évaluation pour laquelle les enjeux sont important. Cela évite que l’anxiété pousse les élèves à tricher
  • s’entendre entre collègues pour ne pas que tous les travaux doivent être remis en même temps. Expliquer à nos élèves qu’ils peuvent venir nous parler si les dates de remise leur causent des problèmes. Cela évite qu’ils ne trichent par peur d’échouer à cause de délais trop contraignants.

Repenser nos stratégies d’évaluation

Être un passeur d’intégrité, c’est également repenser les stratégies pédagogiques traditionnelles.

Nos stratégies d’enseignement sont-elles orientées pour pousser au plagiat?
— Martine Peters

Martine Peters encourage les enseignants et les enseignantes à utiliser des stratégies d’évaluation créatives. Par exemple,il peut s’agir de ne pas demander que des travaux écrits, mais également:

  • des exposés oraux
  • des cartes conceptuelles
  • etc.

Ce peut être également  de laisser les étudiants et les étudiantes choisir le format de leur évaluation. Martine Peters a d’ailleurs mentionné le courant du unessay [en anglais].Cela fait aussi écho au thème de l’atelier «Choisissez votre évaluation: bande dessinée, PechaKucha, balado et quoi encore?», animé par Émilie Doutreloux et Stéphanie Carle, dont j’ai également produit un compte-rendu.

Pour limiter les risques de plagiat, Martine Peters a suggéré de découper les travaux en plusieurs étapes.

Cela m’a rappelé un récit de Jules Massé paru en 2013, à propos de ses pratiques entourant la rédaction de dissertations (hors classe) par les étudiants et étudiantes. Alors enseignant de philosophie, Jules Massé avait:

  • découpé la tâche en étapes et soumis un échéancier (6 étapes sur 3 semaines)
  • imposé l’usage d’un document collaboratif électronique tout au long de la réalisation du travail, afin de pouvoir suivre la progression des élèves en temps réel et leur offrir des rétroactions.

Cela m’a également rappelé un scénario pédagogique que j’ai mentionné dans un article précédent:

  1. Les élèves enregistrent une 1re version d’un exposé oral (en format audio seulement ou vidéo) et le partagent au groupe.
  2. Chacun visionne 2 ou 3 présentations de pairs, les évalue à l’aide d’une grille d’évaluation formative et formule des commentaires constructifs.
    En parallèle, vous évaluez toutes les présentations de façon formative.
  3. Les élèves améliorent leur travail sur la base de vos commentaires et ceux de leurs pairs. Ils doivent expliquer pourquoi ils ont retenu ou non les suggestions qu’ils ont reçues.
  4. Ils vous remettent ensuite la version finale de leur exposé pour l’évaluation sommative.

En général, au sujet des travaux en plusieurs étapes, pour maximiser l’efficacité des efforts déployés pour lutter contre le plagiat, Martine Peters a suggéré d’inclure:

  • une étape de présentation orale
  • une étape de réflexion métacognitive sur le travail

Proposer des travaux adaptés au niveau des élèves tout en leur apprenant à s’insérer dans la chaîne du savoir

Martine Peters a également postulé que, parfois, les attentes que nous avons envers nos élèves sont trop élevées à certains égards et que cela peut pousser au plagiat.

Par exemple, plutôt que de demander aux élèves d’inventer de nouvelles idées (ce qui peut être hors de leur portée), on peut leur demander de lire des sources et de dire ce qu’ils en pensent. Ils apprennent ainsi qu’il est légitime de s’appuyer sur les savoirs des autres pour bâtir leurs idées, mais apprennent aussi à citer (et à respecter) leurs sources.

Déclarations d’intégrité lors d’évaluations

Par ailleurs, Martine Peters a suggéré aux enseignants et aux enseignantes de faire signer une déclaration d’intégrité à leurs élèves avant une évaluation qui revêt une importance particulière. Elle a toutefois appelé à ne pas surutiliser cet outil, sans quoi il perd sa signification pour les étudiants.

Répondre au manque d’intégrité

Martine Peters a également insisté sur l’importance de sanctionner le plagiat quand il se produit malgré tout. D’après elle, quand les élèves savent qu’un enseignant dénonce les cas de plagiat, ils font plus attention (et inversement).

Martine Peters a également mentionné l’utilité d’outils, comme Compilatio, qui permettent de détecter plus facilement le plagiat dans des travaux écrits, que le plagiat soit fait à partir du web, de travaux de pairs ou de travaux d’anciens étudiants.

Un balado pour entendre Martine Peters

Après sa conférence, Martine Peters s’est brièvement entretenue avec Olivier Simard, le directeur général du Collège Montmorency (le collège hôte du colloque de l’AQPC en juin 2022), pour l’enregistrement d’un balado. Lors de cet échange, Martine Peters est revenue sur l’importance d’offrir des consignes claires et mémorables aux étudiants afin de capter leur attention et de leur donner le goût de faire le travail demandé de façon intègre.

Diaporama et médiagraphie

Le diaporama utilisé par Martine Peters pendant sa conférence et la médiagraphie qui l’accompagne sont disponibles sur EDUQ.info.

Une ressource complémentaire pour s’inspirer sur des façons de promouvoir l’intégrité

Service de soutien à la formation, Université de Sherbrooke, Favoriser l’intégrité

À propos de l'auteure

Catherine Rhéaume

Catherine Rhéaume est éditrice et rédactrice pour Éductive (auparavant Profweb) depuis 2013. Elle est enseignante de physique au Cégep Limoilou. Elle est également auteure de différents cahiers d’apprentissage pour la physique et pour la science et la technologie au secondaire. Son travail pour Éductive l’amène tout naturellement à s’intéresser à la pédagogie numérique et à l’innovation pédagogique.

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